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LES HOMMES DE L'OMBRE.
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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2007 - 16:26    Sujet du message: LES HOMMES DE L'OMBRE. Répondre en citant

Renault : 
« Dédé et moi avons récupéré toutes ces armes de différentes provenances, ce qui a permis d’équiper, d’abord le maquis de Saint Brisson, puis celui de Cœuzon. En tout 28 fusils, des bandes de mitrailleuses, des cartouches de FM. Comme modèles, des mousquetons, fusils 36 et Lebel. Nous les avons signalés à Aubin et en avons fait le transport à Saint Brisson, plus exactement en forêt chenue. J’étais avec l’André Bouché et le Pierre Geoffroy et tout a été chargé sur nos vélos… on a même pensé : « Si on tombe sur les schleus, çà va faire du pétard ! ». Partis à la tombée du jour, nous avons circulé un bon bout de al nuit. Arrivés à Saint Brisson, le Négus (Guyollot) nous a fait cuire un beefsteak et des pommes de terre… c’était une splendeur ! Ils avaient abattu un bœuf et avaient de la viande, mais nous, on crevait la faim ». 
 
 
A la même époque, Napo (Courvoisier) recherché par les Allemands avait disparu. De même que Marquis (Baron) avait été arrêté. L’organisation OCM et le BOA étaient décimés. Le contact avec Nevers perdu, la liaison avec Saulieu revêtait toute son importance. 
 
 
 
11 novembre 1943 à Montsauche.  
 
Il fut décidé, malgré l’interdiction qui en était faite, de commémorer l’anniversaire de la victoire de 1918. Cela commença par une superbe gerbe de fleurs, assemblées en forme de croix de Lorraine, confectionnée par Mme Méry et qui fur déposée clandestinement la nuit précédant le 11 novembre devant le monument aux morts érigé dans le cimetière. 
« Et le jour sacré, écrit Aubin, avec Bizot et Legrain, assistés d’autres personnes, il fut décidé d’honorer cet anniversaire par une cérémonie du Souvenir en dépit de l’interdiction allemande ». (Interdits : les rassemblements de personnes, les cérémonies patriotiques, les drapeaux tricolores). 
 
 
M. Legrain se souvient de cette journée : 
« On était décidés à aller au bourg ce jour-là car c’était la foire et on avait « une taure » à voir chez Mariller. Je dis à mon fils Raymond : « Tu viens avec nous ? ». Il s’est fait un peu tirer l’oreille en pensant que ce n’était pas prudent : il y avait plusieurs mois qu’il se cachait et n’était pas sorti. Finalement il s’est décidé et nous voilà partis pour Montsauche avec un réfractaire que j’hébergeais à la maison. En cours de route, le Perruchon nous rattrape et nous dit : « C’est le 11 novembre, si on organisait un cortège ? » - « Chiche ! Mais il nous faudrait un drapeau ! »… Car il faut vous le préciser, depuis le début de l’occupation tous les drapeaux avaient été retirés et placés sous clé dans les mairies d’où il était interdit de les sortir. On est donc allés au bourg pour rechercher un drapeau un peu partout, sans succès. Finalement, l’un de nous s’est souvenu qu’il y en avait un de décoration (vous savez, ceux que l’on mettait aux fenêtres lors des anniversaires ?) chez Mme Goby. On y va. Veuve et âgée, voilà qu’elle ne voulait pas nous le prêter ! Elle m’a dit : « Monsieur Legrain, vous n’y pensez pas ? Cà va me faire des histoires avec les Allemands ». Bref, elle ne voulait pas. A force d’insister, finalement, j’en suis sorti avec le drapeau, comme un trophée… 
Ensuite… comment cela s’est fait ? Toujours est-il que les gendarmes avaient été avisés ! Au moment où je sortais de chez Mme Goby, on aperçut les représentants de la loi. On a eu juste le temps de glisser le drapeau dans la cave du café Ligeron… par un trou bon à laisser passer un chat. 
Je vais donc trouver Aubin et lui dis : « Attention, les gendarmes patrouillent ! ». Lui, qui en était un ancien, me répond : « Ne t’en fais pas, les gendarmes, je m’en occupe ». Il va les trouver. C’est comme s’il leur avait dit : « Allez donc voir là-bas si j’y suis ». Effectivement, ils sont allés faire un tour sur la route à l’entrée du village, à la Croix de Chazelles. Ainsi, on ne pourrait pas les rendre responsables de ce qui se passerait ailleurs. 
Lorsqu’ils furent éloignés, on a dit : « Allez, on y va ! ». Le drapeau est récupéré, déployé, un cortège constitué… et tous ont suivi. C’était la foire et il y avait beaucoup de monde. Je crois bien que je n’en ai jamais tant vu à une cérémonie. On a traversé le bourg et on est montés jusqu’au cimetière au milieu duquel se trouve le monument aux morts de 14-18. C’était vers les onze heures, à notre arrivée, on a découvert la superbe gerbe en forme de croix de Lorraine déposée dans la nuit… même Aubin qui ne l’avait pas encore vue, en bâillait d’admiration. 
Une minute de silence a été observée, suivie de « La Marseillaise » chantée à pleine voix, ce qui ranima les cœurs et démontra la puissance de la Résistance. Après quoi, la population fut invitée à se disperser. C’était une véritable réussite. La gerbe y resta toute la journée. Je ne sais pas si ce sont les Allemands qui l’ont enlevée ou quelqu’un d’autre… Je n’ai pas eu le loisir de le savoir, car les évènements se sont précipités. 
En revenant du cimetière, j’ai rencontré un gosse, fils d’une « notoriété » de l’époque qui m’a dit au passage : « M’sieur Legrain, si les boches savaient çà, vous auriez… ». Je lui ai répliqué : « Veux-tu foutre le camp, ou je vais te flanquer mon pied… ! » et c’en est resté là. 
Oui mais voilà, c’est que dans la nuit… v’là des gars qui viennent à la porte de la ferme et qui frappent : « Qui est là ? » On me répond : « Ce sont les Morvandiaux, ouvre donc ! ». J’ouvre, c’était Dédé Bouché. Il me dit : « C’est Aubin qui m’envoie. Il faut vous barrer tout de suite avec Raymond. Demain, les boches vont être chez vous… ». 
J’ai envoyé les enfants prévenir le Georges Rateau, car c’était lui qui avait porté le drapeau et, de mon  côté, je suis allé prévenir Bigot. Je lui ai dit : « Mon vieux, il faut venir avec nous ! ». Sa femme ne voulait pas qu’il parte, « Il est trop vieux », disait-elle. Je lui ai ordonné : « Allez, en route. Demain, les boches ne vont pas s’occuper s’il est vieux ! ». 
Entre parenthèses, je lui ai sauvé la vie, car il était déjà repéré comme communiste et les gendarmes avaient un mandat d’amener contre lui. 
C’était le père du gamin qui nous avait dénoncés, ainsi que je ne sais combien de personnes, bref, tous ceux qu’il avait reconnus dans le cortège. On est allés se réfugier de l’autre côté de la forêt, à Savelot, chez Lazare Auribault, qui nous a hébergés. Le lendemain en effet, on était à nos trousses. Chez moi, ce sont les gendarmes qui sont venus, c’est vrai que nous sommes assez éloignés du bourg. Puis, par la suite, nous avons été appelés chez le juge d’instruction ». 
 
 
Aubin et Massoulard furent également convoqués. Bien entendu, personne ne répondit à la convocation, mais tous les deux prirent définitivement le maquis. 
Aubin partit de l’autre côté d’Ouroux et il y rencontra Grandjean (Longhi) et Paul Bernard (Camille), organisateurs du maquis de Lormes. Ils étaient dans une situation identique. C’est là que, pour dérouter les recherches, ils décidèrent de changer de pseudonymes. Louis Aubin, dit Lafleur, prit celui de « Bernard » sous lequel il sera désormais connu dans la Résistance. Quant au véritable Bernard (Paul), il devint désormais « Camille ».  
Dans sa précipitation, Massoulard avait perdu la trace d’Aubin. Il vint aux renseignements chez les Legrain juste après le départ des gendarmes. La famille Legrain (qui n’était pas recherchée) le mit en relation avec Lazare Auribault de Savelot qu’il ne connaissait pas encore. Et notre agent de liaison, asile des réfugiés, au courant de tout, envoya Massoulard là où il pouvait retrouver Aubin. 
 
 
 
Décembre.  
 
Courant décembre, l’aménagement et l’agrandissement du camp de Saint Brisson furent poursuivis. Quel était donc ce camp ? 
Il fut installé en forêt chenue, à l’extrémité de la commune de Gouloux, lieu-dit « La Croix Guenot », massif touffu à 690 mètres d’altitude. 
« Pour le situer, dit Voilot, c’est pas difficile. En partant de la route touristique, vous suivez la rigole jusqu’à sa source : c’est là ». 
Il avait été choisi d’après une idée de Jean Naudin, avec l’appui du docteur Roclore de Saulieu, de Jean Bouhey, député de la Côte d’Or et de Henri Camp de Semur en Auxois. Aubin en était le responsable, Jean Naudin officier d’active originaire de Saulieu, son adjoint. 
Les matériaux provinrent de deux sources : 
Premièrement celle de Roclore qui, à Saulieu, intéressa M. Meunier, marchand de matériaux avenue de la Gare et Robeau, le cafetier. 
Deuxièmement, celle de Joseph Pelletier de Moux qui écrit : « Je m’engageai à fournir la majeure partie des bois de sciage nécessaires à la construction de baraquements destinés à recevoir une trentaine d’hommes, de même que le matériel de cuisine et de couchage. Le bois fut débité à la scierie Blénot à Guise. Camus, le marchand de vin de Moux, le transporta à la Croix Guenot sur la nationale 77 bis où des véhicules agricoles le reprirent pour l’amener à pied d’œuvre. Le matériel de Moux, stocké à la mairie, fur récupéré un jour par Jean Naudin avec un camion de déménagement. Je supervisais l’opération depuis le balcon de l’hôtel de la Poste. Le « Parisien », caché derrière le panneau d’affichage près de l’église, protégeait avec sa mitraillette le déroulement de l’opération. Le maquis commença avec vingt hommes d’effectif ». 
Les anciens compagnons d’Aubin, originaires de Montsauche déclarent : « Ceux qui ont commencé à Saint Brisson n’étaient pas de la région. C’étaient des gars de la Côte d’Or, peut-être ceux de Semur en Auxois dont nous a parlé Aubin ». 
Si la grande partie des gens de la cabane d’Argoulet n’y firent qu’un court séjour, il y avait pourtant le « Négus », Guyollot de Montsauche, Raymond Legrain et les hommes de Pelletier en provenance de Moux. 
Les mêmes déclarent encore : « Nous nous souvenons notamment d’un baraquement en planches fait de matériaux fournis par M. Meunier de Saulieu, une cabane en terre-plein où nous avons logé et qui faisait quinze mètres de long, chauffée par des poêles à bois, les fenêtres fermées par du papier Vitrex ; on pouvait y loger trente à quarante hommes ». Ils ne se souviennent pas des cabanes en forme de blockhaus dont a parlé Aubin. Des sentinelles relevées à heures fixes et postées très loin du centre du camp sur les différents sentiers, à un kilomètre environ, gardaient ce maquis. Pas de véhicules, seulement quelques bicyclettes ; les corvées ou les déplacements s’effectuaient à pied. 
Aubin et Naudin y exerçaient conjointement le commandement. Plutôt que de s’installer avec les hommes en forêt où ils se rendaient cependant fréquemment, ils choisirent l’hôtel Clémendot à Saint Brisson comme P.C., ce qui leur permettait de recevoir des liaisons sans leur dévoiler l’emplacement du maquis ainsi que de pouvoir y être touchés rapidement de l’extérieur par le téléphone. 
« Au camp même -dit Pelletier-, le commandement de l’effectif fut donné à l’un des hommes : Lucien Cortet, ancien caporal de la légion étrangère où il avait servi pendant sept années. Ce fut une erreur, Cortet n’avait pas un tempérament de chef, pas d’ascendant sur les hommes. Il était fait pour être commandé et non pour commander lui-même ». 
 
 
Nous savons déjà que les armes y furent transportées de nuit et en vélo par Bouché-Pillon, Renault et Geoffroy. 
Je leur ai demandé : « Lorsque vous avez transporté ces armes, y avez-vous séjourné ? Avez-vous trouvé là-bas des gars de Montsauche ? ». 
Réponses : Nous n’avons fait que l’aller et retour. Non, il n’y avait que des inconnus. 
Voilot précise : « Nous n’y sommes restés que deux ou trois jours, en automne, il pleuvait à torrent et nous étions 26… on est rentrés pour le 11 novembre, pour porter la gerbe au cimetière et voilà ce que nous a dit Aubin : « L’hiver arrive, il ne s’annonce pas très chaud, on va tous rentrer chez nous ». 




Et si c'était à refaire, je referais ce chemin.
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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2007 - 16:26    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2007 - 16:28    Sujet du message: LES HOMMES DE L'OMBRE. Répondre en citant

Bouché-Pillon ajoute : « Bernard nous avait dit : Attendez, je vous dirai quand il faudra venir. Du moment que vous êtes nourris, logés, démerdez-vous en attendant. Cependant, on n’a pas cessé de rester en liaison avec lui. A ce moment-là, Aubin et Massoulard recherchaient des terrains pour recevoir des parachutages, notamment à Lormes. Nous avons été faire quelques missions, mais sans trop nous découvrir. Mais pas question de regagner nos domiciles, c’était trop risqué ». 
Par contre, ces mêmes éléments reconnaissaient y avoir séjourné à nouveau en janvier, car ils étaient là quand les deux filles ont été exécutées… 
 
 
Pour le mois de décembre, Bernard écrit : 
« Simultanément, il nous a fallu sévir contre la collaboration. Une expédition punitive fut entreprise contre le nommé P… C… de Gien sur Cure, marié à une Allemande et ayant vécu outre-Rhin. Le ménage y recevait beaucoup d’occupants. 
Pelletier et Naudin m’assistèrent dans cette opération. C… était dangereux car il possédait un poste émetteur de radio. Sa maison fut cernée par les hommes du maquis, mais l’agent allemand se défendit à coups de feu. Pendant le siège qui suivit, la femme fut abattue à la mitraillette. Devant la résistance du forcené, le siège fut levé à demi… A minuit, les Allemands arrivaient à son secours ». 
 
 
Bouché-Pillon : « Ce jour-là, par hasard, je me trouvais au domicile  paternel et le docteur est venu au garage me demander à ce que l’on conduise la femme de C… à Autun dans notre camionnette. Elle devait y décéder. Dans ce véhicule, j’étais accompagné de C… et d’un officier allemand qui a toujours ignoré que sous son siège il y avait un fusil 36, mon arme du maquis et que je conduisais avec un colt glissé dans ma ceinture pour parer à toute éventualité. Cependant, je précise qu’en partant de chez moi j’ignorais totalement que c’était là le résultat de la répression exercée par mes camarades ». 
C… a quitté la région et nous n’en avons plus jamais entendu parler. 
 
 
 
 
 
 
Janvier 1944.  
 
En janvier 1944, à titre répressif, la voiture d’un ressortissant italien, propagandiste allemand, est réquisitionnée. 
Des cartes d’alimentation sont enlevées à la mairie de Brassy. Pour survivre, il fallait trouver des tickets afin de se procurer le nécessaire. 
Le 5 janvier, M. Gin, instituteur à Saint Brisson, protecteur du maquis, est arrêté sur accusation de deux femmes qui le sont à leur tour par les Résistants à la suite de l’interception d’une communication téléphonique. Il s’agit de Simone Bottard et de Mireille Piétri. Elles reconnurent avoir dénoncé le maquis aux Allemands et leur avoir remis une liste de suspects. Après quoi, une nuit, elles auraient conduit les boches à dix mètres de la cabane. Leurs renseignements étaient remis à un nommé Chopart de Saint Brisson chargé de les transmettre. Elles recevaient en échange une prime mensuelle de cinq cents francs que Chopart allait chercher à Montbard et en plus une prime de mille francs par personne arrêtée. Chopart, incarcéré à son tour, nie les faits, en dépit de la présence des deux espionnes. Il reste prisonnier en attendant un jugement complémentaire. Ce sont les gars de Saulieu qui l’exécuteront. 
Les deux femmes sont passées par les armes le 14 janvier 1944 à cinq heures et inhumées à Gouloux. 
Une autre opération de représailles a lieu entre temps contre le moulin de la C… dont le propriétaire livrait de la farine infecte à la population, alors qu’il vendait hors de prix la bonne marchandise au marché noir. 
Cet homme C… N… est invité, après règlement préalable, à livrer au maquis cinq cents kilos de farine panifiable. Bénéficiant de l’appui de puissances occultes –il ne fut jamais inquiété malgré les plaintes et les divers contrôles économiques-, N… après avoir encaissé l’argent, refusa de faire la livraison. En représailles et à titre d’exemple, le moulin fut détruit à l’explosif. 
 
 
Près de l’endroit où était installé le maquis, une exploitation forestière produisait sur place du charbon de bois. Deux ingénieurs vinrent visiter les coupes, porteurs d’un plan de la forêt. Des maquisards les interpellèrent. Les hommes prirent la chose de haut, traitant les Résistants de gamins et les invitant à jouer à des jeux moins stupides. Leurs papiers furent amenés au P.C. du maquis à Saint Brisson où Bernard les examina. N’y relevant rien de suspect, il les fit rapporter avec ordre de relâcher les prisonniers. 
Cependant, entre le contrôle et le retour des papiers, accompagnés de la décision de laisser passer,  les hommes de garde, une fois de plus nargués par les prisonniers, avaient décidé de les fouiller et découvrirent sur eux des plans où étaient portés avec précision l’emplacement de la baraque et les divers éléments du camp. 
Devant ce que le chef de poste considéra comme une preuve formelle d’espionnage, il fit procéder d’office à une justice immédiate. 
 
 
Le 27 janvier, pour faire échec aux dénonciateurs et, notamment, en raison des renseignements fournis par les deux femmes exécutées, il fut décidé d’évacuer le maquis de Saint Brisson et d’en disperser les cinquante trois hommes qui furent répartis sur Quarré les Tombes, vers Saulieu (partie à Juillenay et partie à Missery), à Montsauche et à Moux. 
Cette décision fut sage car, peu après, les Allemands lançaient une attaque sur l’emplacement vide et détruisaient les installations à la dynamite… (Tel est le récit de Bernard). 
Il est à remarquer que Bernard ne fournit aucune date concernant l’exécution des deux ingénieurs ni de l’intervention allemande aboutissant à la destruction du camp. Par contre, Bouché-Pillon, lui, donne la précision suivante : « Nous avons quitté Saint Brisson le jour où les deux types ont été tués. Cela se passait dans l’après-midi et on est partis le jour même à minuit… Deux jours après, les Allemands ont fait sauter les baraques ». 
Donc, Bernard situant ce départ au 27 janvier, les deux hommes auraient été exécutés le même jour et le camp sauta le 29. 
 
 
« On a donc quitté Saint Brisson –continue Voilot- et on s’est installés « Aux Corvées » près de Montsauche où on a couché sous une tente. C’est là qu’on a entendu sauter les baraques du camp de Saint Brisson lorsque les Allemands les ont dynamitées. Les frères Lavault de Nevers nous avaient suivis en ce lieu, mais ils nous quittèrent bientôt pour aller rejoindre le groupe de Moux. (Bouché-Pillon précise qu’il avait entendu les explosifs depuis Montsauche alors qu’il se trouvait chez Mariller). Mais aux Corvées, on n’avait rien à bouffer et, deux jours après, on est retournés à Saint Brisson dans l’espoir d’y trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Avant de partir, on avait abattu une génisse et dû en abandonner la moitié. 
Dans l’équipe il y avait, outre Voilot, Dédé Bouché, le Négus, Longhetti, Régnier, le Chinchilla… et on se demandait bien ce qu’on allait y trouver… 
La moitié de la bête y était encore. On l’a décrochée, découpé des morceaux et on a mangé. Après çà, on a démonté et, à dos d’homme, transporté aux Corvées des éléments pour nous reconstruire une autre cabane. C’est là que l’hiver nous a pris et que, la neige tombant en telle quantité, il nous a fallu capituler ». 
 
 
A ce stade, nous allons tenter de faire une analyse sur le maquis de Saint Brisson. 
Cette période, dont les dates de création et des opérations répressives ne sont pas déterminées, si l’on connaît le terme (27 janvier), ressemble à un test organisé pour se rendre compte si un maquis important pouvait subsister sur un emplacement fixe. Cela a permis d’en tirer plusieurs enseignements sur les futures implantations. Tant qu’un armement capable de sécuriser chacun ne serait pas rassemblé, il est préférable d’éviter de grandes concentrations, trop facilement repérables. Que la dispersion immédiate avec abandon total des installations, dès l’avis de l’imminence d’une attaque, se révélait être la meilleure solution au problème. Ce fut d’ailleurs celle d’Aubin. En effet, la résistance sur place s’avérait impossible en raison de la pénurie d’armes et l’évacuation en groupe compact, facilement suivi à la trace par les collaborateurs, aurait mené fatalement à l’anéantissement total. Côté commandement, il était nécessaire que le chef de maquis vive au milieu de ses hommes, ou tout au moins qu’il y ait en permanence avec eux un responsable qualifié pour éviter le renouvellement de « bavures » ; enfin, que l’encadrement militaire était essentiel à toute action concertée. 
L’alerte de Saint Brisson avait été chaude. Il fallait sans pitié mettre un terme à la collaboration avec l’ennemi et faire en sorte que l’appât de la prime aux délateurs fasse risquer à l’auteur la perte de la vie. Malgré l’horreur de ces exécutions sommaires, il faut reconnaître qu’elles furent salutaires pour libérer la population de la crainte permanente que la minorité collaborationniste exerçait sur elle. La Résistance se présentait dès lors comme une protection contre les réquisitions et le marché noir et une aide sans réserve devait être apportée aux maquis. 
 
 
L’évacuation du camp avait été précipitée, on en juge par le fait de l’abandon de la moitié de la carcasse de génisse aux cuisines. Pourquoi ? En raison de l’erreur d’avoir abattu dans l’enceinte du camp les deux ingénieurs et un autre fait qui n’apparaît pas dans les textes d’Aubin, mais mentionné ailleurs : l’arrestation d’une milicienne, Mme Grassé, permit d’apprendre l’attaque du maquis et donc de faire sa dispersion avant celle-ci. 
 
 
« Le 30 janvier –écrit Aubin- sur l’ordre de Napo (Courvoisier), le milicien M. Langlois de Savault, près d’Ouroux, fut exécuté devant son domicile alors qu’il cherchait à fuir à bicyclette ». 
 
 
 
Février  
 
Entre temps, un nommé Z…, qui avait été membre du camp dès sa formation, fut signalé par des agents de liaison sur Corbigny comme ayant donné des renseignements sur le maquis dans cette ville. Il s’était, de plus, absenté irrégulièrement après avoir volé argent, vêtements et vélo à des camarades. Il fut condamné à mort et exécuté le 10 février. 
 
 
- Voilot : « Cette affaire de Saint Brisson déclencha sans aucun doute le passage de la milice dans notre région. C’est en effet à la milice, ou plus exactement aux Francs Gardes (les Francistes de Marcel Buccard qui, dans les récits sont souvent désignés comme miliciens), unité pronazie, avec à sa tête Paul Gallace, que vont se heurter les maquisards du Morvan. 
Dans notre secteur, les miliciens, venus après une forte chute de neige, se sont dirigés sur l’Huis Bodin, commune de Dun-les-Places et furent repérés par le Négus et Longhetti qui se rendaient à Dun. 
Un dimanche où avait été organisé un petit bal clandestin, tous les copains, maquisards ou non, s’y étaient rassemblés. Les miliciens, conduits par un homme de Dun-les-Places, sont montés en voiture jusqu’au lieu-dit « Le Rocher ». Là, la neige remplissant la route, encaissée à cet endroit entre un mur et un rocher, une énorme congère interdisait le passage. A l’époque le traîneau ne passait pas tous les jours et c’était « comble ». Le guide leur ayant déclaré, peut-être à la suite d’un remords de conscience, que « c’était encore loin », ils firent demi-tour. 
Si les « autres » étaient montés jusqu’à nous, il y aurait eu de la casse… 
Pour le danger constitué par la présence de cette milice à Saint Léger Vauban et en raison des rigueurs climatiques, nous avons décidé de nous séparer et de nous terrer… et cela a duré pratiquement jusqu’à la création du maquis de Cœuzon. 
Je me souviens qu’avec Longhetti et les copains, nous avons sauté depuis un talus haut de quatre mètres sur la route, pour ne pas laisser de traces avant de rentrer à la maison. Moi, j’ai passé le reste de l’hiver à Fontenilles, chez Guillaumot et, je l’ai su après, ce même hiver 43-44, le colonel Roche, chef militaire des maquis de la Nièvre, avait également passé l’hiver à Fontenilles ». 
 
 
- Renault : « Le lendemain de cette visite des miliciens, André Bouché est venu chez nous et je l’ai hébergé jusqu’au mois de mars. J’avais également hébergé le Négus, planqué chez René Parthiot chez le Baudiau et le Charlot Mariller en Chaumont, chez le Victor ». 
Voilà donc le sort réservé au groupe de Montsauche lors de la dispersion de Saint Brisson. 
 
 
Le groupe, parti sur Saulieu, suivi par Jean Naudin et forma par la suite le maquis Bayard. Celui de Moux revint sous la coupe de Joseph Pelletier, quant à celui de Saint Léger Vauban ou Quarré les Tombes, il n’a rien laissé au maquis de Montsauche… 
Cependant, pour ce dernier, on en retrouve la trace, tragique, dans un rapport de M. Armand Simonot (lieutenant Théo), commandant la compagnie de FTPF de Saint Léger Vauban, département de l’Yonne sur le bilan de la tragédie de février 1944 de Saint Léger et ses environs. 
« Début février est venu se joindre à nous (maquis Vauban), un jeune rescapé d’un petit maquis situé près de Quarré les Tombes, groupe qui venait du maquis de Saint Brisson, Lucien Charlot, artisan en bâtiment à Quarré les Tombes. Le 2 février, quatre de ses camarades ont été capturés par les Allemands (Julien Dion, André Halk, Serge Girard et André Blik). Tous seront fusillés à Auxerre le 15 mars 1944. 
Un jeune rescapé de ce même maquis, cousin à moi, Roger Loriot de Jarnoy, commune de Saint Agnan veut bien être des nôtres, mais auparavant, doit aller voir sa grand-mère et rapporter des vêtements. Je m’efforce de l’en dissuader, il ne veut rien savoir, et me promet d’être de retour au petit jour. Il ne reviendra pas. Il demeurera un ou deux jours chez sa grand-mère et fut abattu au fusil par cinq soldats allemands alors qu’il courait vers la forêt ». 
Le nouveau maquis de Moux allait, lui, connaître les Francistes… 
 




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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2007 - 16:34    Sujet du message: LES HOMMES DE L'OMBRE. Répondre en citant

 
TUERIE DE MOUX – 15 février 1944  
 
 
 
 
Pelletier, Joseph (chef du maquis) : 
« Le matin du 15 février, une équipe de douze Francistes se faisant passer pour des membres de la Résistance, rencontre à Monts, près d’Ouroux, le nommé Gabriel Lavault, dit Lucien, membre du groupe du maquis de Moux, qu’il avait quitté la veille clandestinement en fin de soirée, soit disant pour se rendre à Nevers dans sa famille, ceci, malgré la défense de son chef. 
Fait à noter : Lavault n’a pas emporté sa valise qu’il avait coutume de prendre quand il retournait chez lui. Après un court entretien avec ces inconnus, Lavault monte dans une voiture réquisitionnée à M. Pernet de Monts et part en direction de Moux. Peu après, le véhicule s’arrête aux « Sept Loups », chez M. Masson et les passagers occupent la maison. 
La bande part sur Moux. Il y a quatre hommes parmi lesquels Paul Gallas (ou Gallace) le chef de l’équipe. Là, le nommé Gabriel Bardet, du maquis lui aussi (20 ans), rentré à son domicile après la dispersion de Saint Brisson, les voit passer mais ne s’en inquiète pas. Il connaît parfaitement Lavault qui couchait chez lui. 
A dix heures trente, des rafales très courtes de mitraillette sont entendues par plusieurs personnes, venant de la direction du camp situé à quatre kilomètres environ de Moux. 
A treize heures trente, je reçois un coup de téléphone de Pernet me demandant s’il n’y avait pas de malades. Il ajoute encore : « Il se passe quelque chose dans la région ». (Il craignait que sa communication soit interceptée). Sans préciser davantage, il raccroche. 
Je décide d’aller voir à la cabane et pars immédiatement avec mon frère Louis. Sur un sol couvert de neige, par un chemin détourné sous bois, nous gagnons le baraquement et nous y trouvons cinq corps criblés de balles, allongés devant la porte. Pas de trace de lutte ni dedans ni à l’extérieur. Par terre devant l’entrée, un paquet enveloppé d’une couverture renferme un carton plein d’explosif et trois grenades. Je m’empare de ces engins. A ce moment, entendant un bruit de pas étouffés dans la neige, on sort de la cabane et on s’en va. 
On a su plus tard qu’un groupe de Francistes, précédé d’otages pris chez Moisson (deux facteurs et le chauffeur du car de Saulieu), ces derniers les précédant d’une trentaine de mètres, montaient au maquis lorsqu’ils nous virent et nous laissèrent nous retirer sans que nous ayons pu les déceler. Le groupe revenait chercher les armes, les couvertures et les chaussures des victimes car, au premier voyage, leur chef ayant été blessé, ils n’avaient rien pu emporter et avaient caché ce matériel dans la neige à une dizaine de mètres, six fusils de guerre de modèles disparates que les gars s’étaient procurés eux-mêmes. 
Pendant ce temps, d’autres évènements tragiques se déroulaient à Moux. 
A peine étais-je sorti au reçu du coup de téléphone et n’étant pas à trente pas de mon atelier, que mon garage était occupé par deux miliciens qui crièrent à trois clients se trouvant là : « Où est Pelletier ? Qu’on le descende ! ». 
D’autres se présentaient chez Camus négociant en vins et membre de notre groupe de combat en criant : « Haut les mains ! ». Camus, sans s’émouvoir et sans doute trompé par l’apparence des deux bandits qu’il prit pour des gars du maquis, empoigna le canon du revolver braqué sur sa poitrine. A ce moment, le deuxième individu lui tira dessus, trois balles dont deux mortelles (l’une au foie, l’autre à l’estomac), une quatrième atteignit Mme Camus, la blessant légèrement à l’épaule. Elle n’avoua cette blessure que quelques heures plus tard, de crainte que le temps passé à la soigner ne retarde le transport de son mari à la clinique où il devait, malgré tout succomber. 
Jusqu’au soir, les Francistes stationnèrent chez moi, ayant enfermé ma femme dans un débarras, fouillant et bousculant tout. Ils ne découvrirent aucun papier compromettant, ni arme, mais se retirèrent en emportant la somme de 16000 francs dont 9000 appartenaient au maquis. 
Des bijoux en or furent enlevés ainsi que le portefeuille de M. Camus. Chez Moisson, la maison fut occupée toute la journée et les gens qui passaient arrêtés, fouillés et enfermés. 
Paul Gallas, chef des Francistes, avant d’être emmené à la clinique d’Autun où il devait expirer, donna l’ordre à l’un de ses acolytes « de tout massacrer si l’un d’eux était blessé ! ». 
Une foule nombreuse assista aux obsèques des victimes malgré l’interdiction qui en fut faite et la présence des forces de police. Maurice Fourré, curé de Moux, se conduisit en cette circonstance en bon collaborateur qu’il était. Il n’avait même pas allumé les cierges du maître autel pour ceux qu’il appelait : « des repris de justice ». Il fallut que les camarades des morts l’exigent pour que cela soit fait. 
René Goussot, l’une des victimes, fut enterré à Planchez par Robert de Chabannes, curé de la paroisse qui, lui, avait décoré son église de drapeaux tricolores. 
Ces victimes étaient : Gabriel Lavault (dit Lucien), Cortet, René Goussot, René Viatre, Jean Dechaume et Charles Camus ». 
Un monument à leur mémoire est érigé à Moux, près de l’église et tout à côté du monument aux Morts des deux guerres. 
 
 
André Mieville : 
« La veille, c'est-à-dire le 14 février, les maquisards de Moux au complet, sauf Lavault, étaient venus manger la soupe chez moi. Nous leur avons fait du pot au feu et, pendant le repas, ils me signalèrent qu’ils manquaient de farine. Je leur ai dit : « Ce n’est pas grave, demain matin de bonne heure, je vais aller vous en chercher ». Après, ils sont partis. Le 15 février donc, au moment de me lever, ma femme me retint en me disant : « Tu as vu le temps dehors ? Il y a au moins quarante centimètres de neige ! Reste donc un peu au lit, dans la matinée, tu iras leur chercher la farine et tu la monteras au maquis dans l’après-midi ! ». C’est ce que j’ai fait. Dans la matinée, je suis allé au moulin Branlard et, au retour, en passant sur le plateau, j’ai entendu des rafales de mitraillette venant de la direction du maquis et un coup de fusil isolé. 
Sitôt arrivé à la maison, j’ai téléphoné à Pelletier. Je lui ai dit : « Joseph, il y a quelque chose là-haut, je viens d’entendre tirer à la mitraillette et un coup de fusil. Ce ne sont pas les gars qui ont tiré des rafales car ils n’ont plus de mitraillette. (On n’en avait qu’une seule et la veille, on l’avait renvoyée à Aubin). 
Joseph me répond : « Bon, j’y monte ! » et c’est en partant qu’il a croisé les miliciens devant le monument aux morts. 
Evidemment, j’ai entendu tout de suite parler du coup dur. Je me suis caché sur un grenier pendant deux jours, car les miliciens avaient annoncé qu’ils allaient revenir : « Parce qu’ils savaient qu’il restait dans le pays celui qui avait construit la cabane et n’avait pas été pris ». Ils avaient même cité mon nom devant le docteur Arbonville en disant « Qu’ils allaient me descendre ». 
Bien entendu, cette tuerie a fait un bruit énorme, mais cependant les boches ne sont pas venus. Je me suis occupé de faire enterrer les gars, car Pelletier avait disparu je ne sais où et je ne l’ai revu qu’au mois de septembre. J’ai constitué ma résistance en fournissant des renseignements au docteur Roclore. J’étais en contact étroit avec Roger Mathé à qui je remis du matériel pour dépanner le camp Bernard que les rescapés de notre groupe ont rejoint. Je suis resté sur place en tant qu’agent de liaison sur ordre de Bernard qui ne m’a fait gagner le maquis que le 15 juillet ». 
 
 
Pelletier : 
« En raison de l’épaisse couche de neige recouvrant le sol, il n’était plus question de nous réinstaller dans les bois. Il fallut nous cacher, mon frère et moi chez de braves gens des environs. Les boches à plusieurs reprises se présentèrent à mon domicile et enquêtèrent dans le pays pour tenter de retrouver nos traces. Beaucoup de gens étaient convaincus que nous avions réussi à passer en Angleterre. Certains affirmèrent avoir entendu à la radio des messages destinés à rassurer nos familles. 
A ce moment, la liaison avec Aubin qui se cachait en Côte d’Or était perdue… Elle ne fut reprise que le 22 avril 1944 ». 
 
 
Aubin : 
« Le 17 février, ces mêmes miliciens, dont le chef, touché, était décédé dans un hôpital d’Autun, réapparurent à Montsauche, cette fois dans l’intention d’y arrêter le capitaine Aubin. Venant directement de Saint Léger Vauban, ils arrêtèrent Pernet, le boucher qui venait livrer de la viande à la population et Guillet, hôtelier, qu’ils relâchèrent par la suite ». 
 
 
Ils demandèrent : « Où sont Aubin et Massoulard ? … Le Négus ? ». Ils ne cachaient pas qu’ils voulaient nous abattre. 
Je dus donc me séparer de mes hommes pour aller à Ouroux. Je les installai au hameau de Mont, chez Bourgeois où ils furent ravitaillés par M. Joly. Ils s’y dissimulèrent soigneusement pour éviter que la population ne les découvre. Quant à moi, avec un agent de liaison nommé Longhetti, nous nous sommes réfugiés chez M. François Guyollot à l’Huis Rodot, commune d’Ouroux, où je restai plusieurs semaines. Jusqu’ici, l’hiver qui avait été relativement doux se fit soudain cruellement sentir. Par ce temps infernal, impossible de rester dehors ». 
 
 
Renault : 
« Un jour d’hiver, alors que les gars étaient en Mont, il y avait de la neige haut comme çà, on nous signala qu’un avion devait nous amener un parachutage… C’était le père Matz d’Ouroux qui s’occupait du BOA… Mais il a eu peur que le Négus et Longhetti ne se fassent coincer, car les containers, le travail pour les rassembler, tout çà laisse des traces dans la neige. Bref, il a refusé l’avion. 
L’appareil est pourtant venu, c’était un quadrimoteur qui a tourné au-dessus de la région pendant une heure. Ne recevant pas les signaux, il n’a rien parachuté. 
Oui, le père Matz l’a refusé…  et pourtant ces armes nous manquaient ». 
 




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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2007 - 16:36    Sujet du message: LES HOMMES DE L'OMBRE. Répondre en citant

 
CREATION DU CAMP DE CŒUZON – Mars avril 1944  
 
 
 
 
Bernard : 
« Billiers parti remplir sa mission, je fais rentrer quatre hommes de Dun-les-Places et les emploie à la construction et à l’aménagement d’une cabane. Pendant ce temps, Billiers recherche Joseph. (Julien : « Pelletier et son frère Louis s’étaient réfugiés aux Eschards chez une parente à eux, la femme d’Albert Sabassier »). 
 
 
Pelletier : 
« Roger Billiers de Gien, un de mes hommes de liaison, alors que personne ne savait ce que nous étions devenus, avait, dès le 16 février, réussi à retrouver notre trace. Ce fut encore lui qui, vers le milieu d’avril, renoua le fil coupé avec Bernard. 
Un rendez-vous fut pris vers le 22 avril, mon frère Louis et moi avons rencontré Bernard chez Renault, au moulin Detrappie, de braves gens qui ont fait beaucoup pour la Résistance et se sont dévoués sans réserve à notre cause ». 
 
 
Renault se souvient très bien de cette rencontre : « Un beau jour Pelletier vint me voir avec Aubin. Et me dit : « Peut-on manger chez toi ?... » Puis : « On va essayer de former un maquis dans la région ». 
Ils sont venus un matin, les deux Pelletier, Aubin, Billiers et moi. Ma mère avait préparé un lapin, il y avait du jambon. Bref, ils ont bien mangé et après, ont discuté. 
On avait mis une grande échelle contre la fenêtre de derrière en cas de coup dur (ils s’en sont même servis pour aller pisser afin d’éviter de se faire repérer) et c’est ce jour-là qu’ils ont décidé de former le maquis de Cœuzon à Savelot ». 
 
 
Bernard : 
« J’en reviens à ma liaison avec Pelletier. Billiers que j’avais vu se présenter précédemment au maquis le 17 avril (Legrain l’avait conduit jusqu’à moi) me fait savoir que Pelletier demandait de lui fixer un rendez-vous. La date du 20 au 22 avril fut retenue. La rencontre eu lieu au Detrappie chez M. Renault. 
Quelques jours après, Pelletier et son frère rejoignaient le maquis où nous avons entrepris ensemble la construction de nouvelles cabanes ». 
 
 
Pelletier : 
« C’est de cette rencontre qu’est né à Cœuzon le maquis de Montsauche. 
Quelques jours plus tard, on installait Lazare Auribault et son fils dans une baraque hâtivement construite dans le bois par Bernard, à l’endroit qui devint le camp de Montsauche, s’appellera ensuite le camp Jacques Chataigneau puis camp Bernard et enfin, maquis Joseph. 
Dès le début, nous étions quatre hommes : Gaston Massoulard, 53 ans, qui relevait de maladie, Louis Aubin dit Bernard, 48 ans, Louis Pelletier, 32 ans et moi-même, 43 ans ». 
 
 
Renault : 
« Quelques temps après la rencontre de Detrappie, Pelletier vint me contacter et me demanda : « Tu n’aurais pas des clous ? ». J’ai compris que c’était pour construire un refuge et je l’ai suivi avec mes clous. 
Nous étions alors sept ou huit : Bernard, Joseph et Louis Pelletier, Gaston Massoulard, Longhetti, Billiers, François Auribault, Raymond Legrain et moi. Judas n’était pas encore dans ce maquis, il faisait les liaisons ». 
Il fallait vivre… Rien n’était facile et la preuve est cette difficulté de se procurer des pointes. Ils allaient chercher dans des hameaux, parfois assez éloignés, le ravitaillement indispensable, de nuit pour ne pas dévoiler la présence d’un maquis en ces lieux. 
Bernard entretint simultanément la liaison avec ces divers groupements ainsi qu’avec la Côte d’Or. Les hommes devaient rester à sa disposition et ne rejoindre le maquis que sur sa demande. 
 
 
 
Mai  
 
Bernard : 
« Le 3 mai, le colonel Moreau (Roche), commandant le département, me nommait commandant de la zone E, comprenant le canton de Lormes, Montsauche, Château-Chinon, avec mission de liaison entre les différents camps, assurer le ravitaillement et le recrutement. 
Le mois d’avril s’était écoulé sans histoire. Des jeunes étaient venus se joindre à nous. Joseph avait fait installer de solides baraquements dont l’un, véritable blockhaus à l’épreuve des balles et muni de créneaux, permettait  de tirer dans toutes les directions. On craignait l’attaque des miliciens et la tragédie de Moux, souvenir cuisant, était assez présente en nous pour nous inciter à prendre les plus grandes précautions afin de nous éviter d’en subir d’autres. 
Notre armement : plusieurs mousquetons, fusils 36, une mitraillette, quelques revolvers et un fusil mitrailleur français. Beaucoup de nos cartouches étaient avariées. 
Vers le 15 mai (ou le 7 ?), nous avons eu une liaison avec Camille qui venait de réceptionner un parachutage. Il nous remit douze mitraillettes Sten et leurs munitions. 
Le 21 mai, je reçois une note émanant d’un de nos agents de Saulieu m’avisant de la présence dans la région de deux individus, signalement joint, qui avaient été arrêtés et relâchés par la gendarmerie de la ville ». 
 
 
Pelletier : 
« Aucun papier sur eux, ils avaient réussi à se faire remettre en liberté par la police allemande de Dijon… L’adjudant de gendarmerie ajoutait : « Très dangereux, à abattre sans pitié ». 
On a diffusé leur signalement très complet un peu partout. Dans l’après-midi du 22, le chef du groupe de Gouloux, Pierre Néant, me signalait, dans le café tenu par sa mère, la présence de ces deux individus qu’il avait parfaitement identifiés et qui terrorisaient tout le monde. 
Dans la soirée de la veille, les gendarmes de Saulieu avaient interpellé et conduit à la brigade deux types rôdant dans la région, dont ils possédaient le signalement depuis quelques jours. On les soupçonnait en effet d’avoir conduit les Allemands à l’attaque du maquis dans la forêt de Thoste (Saône et Loire) le 24 avril. Les gendarmes découvrirent dans la coiffure de l’un deux un papier chiffonné portant : « En cas d’arrestation, téléphoner au 01 à Dijon », papier frappé de l’aigle allemand et le numéro d’appel correspondant à celui du téléphone de la Gestapo. On enjoignit les gendarmes de les remettre en liberté. 
Le lendemain, parvint au maquis le message donnant le signalement des deux hommes et faisant connaître qu’ils recherchaient un maquis pour s’y enrôler et le livrer à l’ennemi. Le même jour, Camille Marchand de Gouloux (huit kilomètres du camp) venait prévenir que le chef de groupe Néant l’avait envoyé nous aviser que les deux gars cassaient la croûte dans le café tenu par sa mère. 
Le temps d’appeler mon frère, le Pompier, le Marin et d’emprunter au Négus, notre cuistot, son Mauser qui tirait plus loin et plus juste qu’une mitraillette et nous prenons la route pour une marche rapide en ligne droite à travers bois et prairies le long de la Cure. 
En chemin, au lieu-dit « Plaine de Nataloup », notre groupe aperçoit deux hommes répondant trait pour trait au signalement donné par la maréchaussée. L’un d’eux a tout un côté de figure tatoué. 
Notre gibier réapparaît au bout d’un bon moment et se dirige vers nous. Je fais un signe du bras à deux hommes d’aller leur couper toute retraite. 
Je portais une tenue de l’armée de l’air en drap bleu foncé et mon frère celle des chars d’assaut. Le Pompier et le Marin avaient également des uniformes d’une teinte semblable. Les zèbres devaient nous prendre pour des miliciens. Le gibier pris entre deux feux, l’hallali était proche. Je fis encore deux ou trois mètres, puis, me retournant l’arme au poing ordonnai « Haut les mains ! Où allez-vous ? Qui êtes-vous ? ». « Des maquisards. Notre maquis dans la région de Semur a été attaqué par les Allemands ! ». 
Ils mentaient. Leur visage, que le sang avait quitté, était blême. Ils firent un mouvement pour se jeter à nos pieds. « Ayez pitié, nous ne sommes pas de la Gestapo ! ». 
C’était l’aveu. Les dents serrées de dégoût pour ces lâches qui n’avaient pas le courage de faire face, je commandai : « Abattez-moi çà ! ». 
En parlant, je tirai une balle dans la poitrine du porte-parole. A côté les trois mitraillettes aboyaient un glas mortel. Celle du Pompier se tut quand le chargeur fut entièrement vide (14 balles d’affilée dont certaines ricochèrent dangereusement sur la route). Il était 17 heures. 
Les gendarmes de Montsauche durent réquisitionner un tombereau pour ramener les deux corps à la brigade. Il fallut même demander  un menuisier pour les cercueils ainsi que le fossoyeur pour creuser les tombes dans un coin du cimetière ». 
 
 
 
25 mai  
 
 
 
Bernard :« Le colonel Roche m’informe de l’arrivée du colonel Dubois (Dufrenne) qui est chargé de l’inspection du camp et qui éventuellement allait être commandant du bloc Morvan. 
Après avoir visité les lieux, je conduis le colonel Dufrenne à Lormes où il est reçu par le chef Grandjean (Longhi). 
Les effectifs s’élevaient à la fin mai à trente cinq. 
Arrivée d’une douzaine d’hommes du groupe Vengeance, de Paris, dont Maurice Cottereau et André Guyot. 
 
 
 
Juin  
 
Joseph : 
« Le 1er juin, nous étions 25 au maquis, le 13, 64. J’étais alors le chef du camp, Bernard s’occupait du recrutement, du ravitaillement et des liaisons avec les commandants des autres maquis en formation. 
Le 3 juin, la radio signale : « Venez, c’est la fête au village ». Ce message nous annonçait enfin un parachutage attendu depuis un an ! ». 
 
 
Renault : 
« On se trouvait chez Léon Boiteux, à la Verrerie près de la ferme Legrain, lorsqu’on a reçu ce signal : « Venez tous ce soir, c’est la fête au village ». 
Pour écouter ces messages, les postes radio de l’époque ne fonctionnant que sur le courant lumière, il nous fallait sortir des bois, ce qui explique que nous nous trouvions à la Verrerie. 




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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2007 - 16:37    Sujet du message: LES HOMMES DE L'OMBRE. Répondre en citant

Cette nouvelle nous avait été annoncée par un gars, sans doute un Anglais, parachuté dans l’Yonne, aux environs de Tonnerre qui, pour nous en aviser, était venu spécialement ici en vélo. Il nous avait confirmé : « Votre parachutage, vous l’aurez demain ». C’était deux jours avant le débarquement, donc le 4 juin. 
On est arrivés en avance. Il y avait le Longhetti… etc… etc… Joseph Pelletier nous avait dit : « Cà ne va pas tarder. Je sais que le débarquement va avoir lieu dans peu de temps, dans les premiers jours de juin. Alors, toi Renault, tout à l’heure tu vas repérer l’annonce : « Venez tous, etc… ». 
Comme prévu en effet, la phrase passa à la radio. C’était le bon jour. Nous sommes tous partis sur le terrain de réception, mais Pelletier et Aubin avaient commis une erreur. Pour situer l’endroit, ils avaient fait indiquer à Londres : maquis de Cœuzon alors qu’on attendait à l’étang de la Passée. On a entendu les avions, mais on n’a rien reçu. 
Deux jours après, un matin, le Dédé Matz vient nous dire : « Il paraît que les gars du camp Serge ont reçu des armes ! ». On lui pose des questions. « Ils ont des pistolets mitrailleurs, des Remington, reçus au camp de Planchez ! ». 
C’était bien ce qui nous était destiné à l’étang de la Passée. Aubin nous dit : « Ils nous ont piqué notre parachutage. On va prendre les armes et on y va. S’ils résistent, on va les flinguer ». Oh ! C’était pas drôle à ce moment-là. Tiens, par la suite, le Serge à son tour voulait lui aussi me descendre ! ». 
Il existait alors une certaine rivalité entre le maquis Bernard FFI et le maquis Serge FTP. A ce sujet, j’ai donné lecture à Renault d’une déclaration du commandant Grandjean concernant une affirmation que lui aurait confié Serge. Le chef du maquis de Planchez lui avait raconté qu’il se trouvait là par hasard, avait entendu les avions, fait un signal et qu’à sa grande stupéfaction la camelote avait été parachutée, tout aurait été fortuit. 
 
 
Renault : 
« Non, non et non. Cà a été parachuté à la « Guttelot ». Le Serge et son lieutenant Jean-Louis étaient près du lavoir. L’avion s’est amené. Le Serge a pris sa roue de vélo et avec la dynamo… « Attends, je vais voir si le code A… Le code A c’est çà… le code B… c’est çà… ». L’avion a parachuté sur la route de la Guttelot et le camp Serge s’est emparé des armes qui étaient destinées à Montsauche. Ils les ont récupérées et les ont enterrées dans le Poreux, c’est là que je les ai fait déterrer. Il y avait présents : Aubin, Pelletier, Cottereau, etc… J’ai réquisitionné le cheval du Tienne Meulet (le beau-frère du Serge) et je les ai transportées le long du Poreux jusqu’à la route du Mornet Brûlé où André Bouché-Pillon est venu les prendre avec son camion. 
Bernard en a laissé quand même quelques unes au Serge. Il y avait douze containers et dans l’un d’eux, un petit poste anglais récepteur de radio, fonctionnant avec des piles sèches. 
De retour au camp, je l’ai branché pour essayer et ai appris que le débarquement de Normandie était en cours depuis le matin. Ce fut donc le 6 juin que cette récupération eut lieu ». 
 
 
Pelletier : 
« A cause d’un balisage mal fait et trop tardif, peut-être en raison d’une indiscrétion, le parachutage échoua pour nous, mais ce fut le maquis voisin (Serge de Planchez) qui intercepta le chargement et dut nous restituer ce matériel deux ou trois jours plus tard. Il contenait de quoi armer une trentaine d’hommes ». 
 
 
Le 7 juin, arrivée au maquis du capitaine Lebanc (Eageley), chef d’état-major du colonel Roche, commandant militaire du département. 
 
 
Le 13 juin en fin d’après-midi, les gendarmes de Montsauche et de Blismes, en provenance du camp Camille, débarquèrent à la gare de Cœuzon. 
Avec le capitaine Eagelay, une autre unité viendra cohabiter avec le maquis Bernard de Cœuzon, ce sera le PC départemental. 
Nous en connaissons l’activité grâce au journal de route de l’état-major, à l’historique du colonel Dufrenne et par l’historique des maquis de la Nièvre du colonel Roche. 
 
 
 
 
 




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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2007 - 16:41    Sujet du message: LES HOMMES DE L'OMBRE. Répondre en citant

 
LE PC DEPARTEMENTAL  
 
 
 
Historique du colonel Dufrenne :Vers le milieu de 1943, on parle du débarquement de nos Alliés et nos résistants qui, jusqu’alors, agissaient un peu individuellement, se rendent compte que pour être forts, il faut faire bloc. C’est pourquoi nos chefs de groupes de Résistance se rassemblèrent au début d’août 1943 à Nevers pour créer un organe départemental de direction, tant civil que militaire, qui se mettra en relation avec nos chefs à Paris et Londres en vue de coordonner nos futures actions. 
Début 1944, le colonel Derenne qui sera Moreau (Roche) est désigné comme le chef militaire départemental avec, pour adjoint, le colonel Dubois (Dufrenne) et le capitaine Dufour puis Lebanc (Eageley) comme chef d’état-major ainsi qu’une équipe de dévoués tels Bailly (Paturot), Brunet, Petitjean (Gresles), Louis, Boyault, Betz, Gazez, Georges Matz, Charles Fomerand… 
Les camarades Grandjean et Camille, déjà dans le maquis, apportent un précieux concours au démarrage de cet état-major. 
En mai 1944, toute l’organisation militaire est sur pied quand la Gestapo se présente au domicile du colonel Derenne pour l’arrêter (17 mai 1944). Heureusement, il peut s’échapper. 
Ce fâcheux contretemps obligea, de mémoire, à reconstituer la documentation détruite. Par précaution, Derenne devint Moreau (Roche) et Dufour, Lebanc (Eageley).  
Le département fut divisé en diverses zones désignées par une lettre de l’alphabet. Dans chacune furent nommés un chef militaire et un chef civil avec des attributions bien définies. 
Le chef militaire avait à assurer le commandement des troupes, leur instruction et leur action. Le rôle du chef civil était plutôt celui d’un recruteur. Il devait aider au ravitaillement en vivres des maquis et diriger sur eux les recrues de sa zone en accord avec le chef militaire, après une sérieuse sélection. 
Juin 1944 : La situation générale au jour J ne pouvait à ce moment que faire l’objet d’hypothèses. Elle serait fonction des modalités du débarquement (exclusivement côtier ou avec participation d’importantes troupes aéroportées) ainsi que des mesures de coercition prises par les Allemands à l’égard des Français en âge de porter les armes. 
Néanmoins, l’ordre d’opération numéro un émanant du commandement supérieur impartit à la Nièvre des missions bien nettes : 
1) Paralyser les mouvements stratégiques de l’ennemi et essayer d’enrayer l’exercice de son commandement. 
2) Empêcher la destruction des ouvrages d’art et des installations vitales pour l’économie nationale. 
3) Créer des zones d’insécurité sur les arrières de l’ennemi. 
Missions groupées en deux catégories, A et B. La première consistant pour la Nièvre à effectuer et à entretenir des coupures sur les voies ferrées Nevers - Moulins, Nevers – Cercy la Tour et isoler si possible Clamecy et Cosne. 
Neutraliser les liaisons électriques allemandes. 
En relation avec le Cher, le passage de la Loire devra être assuré dans l’ordre d’urgence dans les zones de Fourchambault, La Charité et Cosne, Le Guétin, Le Veurdre. 
Tout ceci pour prendre, en se basant sur les massifs boisés des Amognes et du Morvan, le contrôle de tout le pays qui doit constituer pour l’ennemi une zone infranchissable, s’il ne déploie pas des forces suffisantes. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
6 juin…  
 
Le ciel ce matin est gris… et pourtant déjà, on connaît la nouvelle, la vraie, la bonne. Le calme des Français contraste avec la nervosité des Allemands… les Alliés ont débarqué. La radio de Londres donne, toutes les deux heures, un communiqué de la situation. 
Le mot d’ordre de de Gaulle est… attendre. 
De trente à soixante hommes à cette date, les effectifs des maquis vont bientôt s’enfler. En effet, le recrutement réalisé dans la clandestinité allait pourvoir les camps. Dans la plupart des cas, le lieu d’implantation avait été reconnu depuis longtemps. 
Il avait été décidé d’installer le PC du département dans les environs de Saint Saulge pour coiffer les maquis du bas Morvan et la vallée de la Loire. 
L’état-major du département est remanié et complété. Le colonel Moreau devient commandant du département et le capitaine Lebanc, chef d’état-major. 
Le colonel Dubois, tout en restant l’adjoint du colonel Moreau, dirigera les opérations militaires (3ème bureau). Le colonel Chatelet prendra le 2ème bureau et le colonel Francchi le ravitaillement (tâche délicate où sa compétence et ses efforts trouvèrent leur mesure). 
Le capitaine Grandjean, désigné comme chef départemental des maquis, à ce titre s’occupera particulièrement de distribuer les fonds nécessaires à l’alimentation, au COSOR, c'est-à-dire l’indemnité pour la famille. 
Au dessus de nous, le DMR Jarry et le BOA Pair (nos deux bons camarades qui seront lâchement assassinés par la Gestapo alors, qu’arrêtés, on les conduisait en Allemagne). 
Tous les maquis, au fur et mesure de leur constitution, reçoivent des directives simples mais précises pour réaliser une organisation voisine de celle de l’armée (constitution de compagnies, tableaux d’effectifs, plans de défense et de sécurité à établir, etc…). 
Le commandant Descat dirigea l’instruction des cadres et de la troupe. 
 
 
Journal de marche de l’état-major : 
6 juin : Débarquement. Le détachement se dirige sur Saint Saulge pour y établir le PC des FFI. 
7 juin : Reconnaissance de l’emplacement, regroupement, premier choix du maquis, discussion et solution de diverses questions posées pour l’aménagement du camp.  
8 juin : Transport des armes au lieu de dépôt du camp. Nettoyage, montage et distribution des armements. 
9 juin : Le PC s’installe à Saint Saulge et devient PC avancé, placé sous le commandement de Lucien. Un autre s’installera aux environs d’Ouroux. 
A Lormes, le capitaine Lebanc s’entretient avec Bernard Aubin. Il est décidé que le maquis Bernard prendra provisoirement en subsistance le personnel de l’état-major. 
Du 10 au 17 juin : Reconnaissance et choix d’un emplacement pour le nouveau PC. Recherche et commande du matériel nécessaire. Montage de la baraque cuisine. Arrivée au maquis Bernard d’une section de SAS Anglais. 
 
 
 
(à suivre).  
 




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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:11    Sujet du message: LES HOMMES DE L'OMBRE.

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