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UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS.

 
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MessagePosté le: Mar 11 Déc 2007 - 19:29    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

   
 
Capitaine Georges Moreau, dit le Loup.  
 
Chef du maquis du Loup, bois de Creux, commune de Villiers-sur-Yonne -58-  




Et si c'était à refaire, je referais ce chemin.
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MessagePosté le: Mar 11 Déc 2007 - 19:29    Sujet du message: Publicité

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plainte.contrix


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MessagePosté le: Mer 12 Déc 2007 - 22:27    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

Qui donc, en cette soirée d’été, peut bien penser à la souffrance, à la haine, à la mort, à ce qui contient tout cela, à la guerre ?


Les eaux du canal du Nivernais sont calmes, calmes, semées de nénuphars immobiles, immobiles comme ce curé débonnaire statufié parmi les roseaux en l’attente d’un hypothétique gardon.


Et pourtant, le long du chemin de halage, ils sont trois hommes qui marchent en apparence indifférents, mais pour qui les mots de risque, d’aventure, de combat, font battre la poitrine un peu plus fort ce soir. Le petit village, la maison de vacances, les pacifiques stations devant un chevalet au bord de l’Yonne s’en sont allés rejoindre le passé, car l’avenir, maintenant, c’est ce dont on parle tant mais qu’ils imaginent mal, c’est le Maquis, c’est-à-dire l’inconnu.


Oh ! ce n’est qu’après maints sondages faits en phrases ambiguës que nous avons trouvé une personne qui nous a indiqué la voie.


Enfin, cette fois-ci, çà y est, notre équipement est déjà parti et nous nous acheminons vers le rendez-vous en ayant l’air de flâner le long du canal aux lourdes eaux vertes, aux carpes fantastiques. Ah ! ces carpes ! Mais c’est bien le moment de penser à des carpes. La première étape est déjà accomplie et l’inconnu commence à se dévoiler. Nous avons franchi la blanche barrière grillagée de la maison complice et, pendant que la maîtresse de maison nous accueille et nous donne les premiers tuyaux, l’hôte va chercher l’inévitable bonne bouteille.


-         Allons, messieurs, avant de partir, trinquons, et à la Victoire !


Sur ce nous embarquons dans une camionnette que Mme X*** conduit en toute tranquillité apparente. Les chemins, très vite, se rétrécissent, deviennent plus cahotants ; et voici le village de Creux derrière son rideau de peupliers.


-         Vous pouvez descendre !
-         Pas de risque à se montrer ?
-         Non, pensez-vous ! Attendez un instant, je vais chercher le guide.


C’est sûrement lui, là-bas, cet homme énigmatique portant lunettes, béret basque et gabardine sombre, qui s’avance en compagnie d’une jeune fille blonde.


Erreur, c’est la jeune fille elle-même, l’autre n’est qu’un vulgaire maquisard en herbes comme nous. Un vieux paysan qui semble bien ne pas voir cela pour la première fois, assiste aux présentations d’un air goguenard. Puis l’innocente camionnette retourne à ses livraisons et les quatre hommes, à la suite de la chevelure blonde, s’en vont vers les bois.


-              Voici la ferme du Renard ; après ce sont les fourrés et les sentiers qui mènent au maquis.




Des sentiers où règnent la paix, les fougères, les fleurs et les fauvettes éperdues dans les buissons verts.


-              Qui vive ! Un casque, un homme paraît : première sentinelle, première vision de guerre surgie là, dans le rayonnement d’or des beaux soirs, tels ces fous sinistres qui frôlent les princesses en robe de satin dans les tableaux de Véronèse.


Après quelques minutes de marche encore, nous aboutissons à une petite clairière où s’entassent, sur la gauche, de longs tubes métalliques blancs et noirs, les « containers » pleins d’armes parachutés la veille. Sur la droite, une grande tente, un « marabout », met une large tâche jaune sous les feuillées, rabattues en voûte au-dessus d’elle pour la camoufler.


-         Nous sommes aux « Trois Chênes »…
-         Ah ! Mais pourriez-vous nous dire, mademoiselle…
-              Mademoiselle… Ici, chacun porte un pseudonyme ; appelez-moi la Gazelle.


C’est donc sous ce nom, moins protocolaire, certes, mais tout aussi gracieux, que nous désignerons désormais notre guide.


Nous risquons bien, maintenant, de rencontrer un Indien demi nu qui nous dira se nommer Tête d’Aigle ou Renard Bleu. En fait d’Indien, celui avec qui nous échangeons quelques mots est un grand Marocain barbu qui monte la garde, mitraillette au ventre.


Nous poursuivons notre marche dans le sentier pierreux que seuls braconniers et écureuils foulaient autrefois ; un vélo nous croise, tanguant, cahotant, menaçant à toutes les secondes de jeter par-dessus bord un vieux personnage en bleu de chauffe qui répond au langoureux surnom de Macadam. C’est un as du ravitaillement, paraît-il.


Enfin nous y voilà ! Le Camp du Loup ! C’est bien lui qui nous apparaît dans le crépuscule. Impression rapide et profonde à la fois que celle de ce premier soir : un jour étrange, formé par les clartés rougeâtres des tisons qui achèvent de mourir et par la froide lumière de la nuit tombante éclaire de façon irréelle un groupe d’hommes silencieux rangés autour d’un chanteur. Avec leurs torses nus, cuivrés par la lumière du feu, avec leurs foulards jaune canari autour du cou, leurs faces bronzées et leurs têtes serrées dans un mouchoir, ils ressemblent à je ne sais quelle assemblée mystérieuse de figures de légendes ou de chœur d’opéra. Et leurs ombres fantastiques et mouvantes balayent la façade rugueuse d’une bâtisse de pierre ; sur la gauche, d’autres personnages s’affairent au milieu des tables et de deux énormes marmites.


La mélodie est aussitôt interrompue à notre arrivée ; le cercle des hommes silencieux se rompt et, pendant que l’on commente bruyamment notre venue, je serre déjà des mains amies.


Après nous avoir fait déguster de copieuses tartines de beurre, on nous présente au lieutenant commandant le Maquis. Il est là, assis devant sa tente bleue et blanche, autant qu’il m’en souvienne, finissant de lacer ses bottes. Il se lève, très vif, nous serre la main, s’excuse, après quelques paroles de bienvenue, de n’avoir pas pu venir lui-même nous chercher et d’être obligé de nous quitter, car une mission urgente le réclame au-dehors.


La nuit tombée, les derniers chants des oiseaux et des hommes se sont tus dans les bois et bientôt, après avoir soufflé la lampe à acétylène de la bâtisse aperçue tout à l’heure, j’entends, dans ma somnolence, le hurlement de la voiture du Loup qui abandonne les futaies pour un raid nocturne.


-         Debout là-dedans !


Qu’est-ce qu’il m’arrive donc ? Qui peut bien se permettre de me réveiller à cette heure indue ? Ah ! Oui, le départ, le canal, l’auto, c’est cela, je viens de passer ma première nuit de Maquis. Nom de nom, quel mal de reins, et mon café au lait au lit ? Non, évidemment, pas question pour aujourd’hui. Sacrées puces ! Enfin, à la guerre comme à la guerre.


-         Allez les gars, trois tours de piste !
-         De piste ? Petits plaisantins, va !
-         Mais oui, suis les autres !


Effectivement, c’est une piste qui fait le tour d’un bosquet. Cela n’a rien à voir avec Colombes, mais enfin c’est une piste.


Ouf ! Quelle suée ! Et maintenant, au drapeau !


Le minuscule drapeau bleu, blanc et rouge monte, tout chiffonné, le long d’un mât qui penche mais qui possède tout autant d’assurance que les immenses croix gammées qui flottent à tous les vents d’Europe.


-         Au jus !
-         Oui oui, assez sucré, merci !
-         Du beurre ?
-         OK.


Ensuite, rapport :
« Bidon V, privé de quinze jours de tabac pour avoir laissé partir un coup de feu intempestif ».


Après le rapport, corvée de bois.


Ici tout est neuf pour nous, c’est bien du « jamais vu » qui s’offre à nos regards. Nous n’imaginions pas, il y a quelques jours, qu’une véritable petite ville de toile blanche, rouge, noire, jaune avait ainsi poussé dans la forêt, presque immédiatement de l’autre côté de la route ; petite ville où l’on manie les armes, où .../...


Dernière édition par plainte.contrix le Jeu 13 Déc 2007 - 02:57; édité 1 fois


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MessagePosté le: Mer 12 Déc 2007 - 22:32    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

.../... l’on défile sur un champ de manœuvre en miniature, où l’on attend son tour chez Figaro ou chez le Toubib, cependant qu’un peu plus loin les mécanos et les chauffeurs s’affairent autour des camions et des tractions avant.


Le temps a passé vite… La journée a été dure, mais l’heure est douce et les groupes se forment épars sous les branchages. Les gars ont été très chics avec moi tout au long du jour et je n’hésite pas à m’approcher de quelques-uns d’entre eux. Ils m’accueillent comme si j’avais été là depuis toujours et pourtant ce ne sont presque que des anciens, des durs. Il y a là Fakir au bouc terrible, Fakir en short et casquette noire, l’Inter, Bédouin, la Vielle, Nékao, qui ferait s’esclaffer une douzaine de bonnets de nuit sans esquisser pour cela l’ombre d’un sourire ; il y a Lulu l’intarissable, Lulu le Verbe fait homme : « Tu parles d’un maquis, si y en a un qui reconnaît le trou infect dans lequel nous avons commencé à vivre, je lui permets de me couper la parole, chose que jamais l’on ne fit. La ville champignon, messieurs, admirez, un flic au Maquis, il nous faut un flic avec un bâton blanc » !


-              Mais, puisque vous êtes là depuis le début, dis-je, racontez-moi donc un peu ces débuts.


La question déclenche un silence, puis un certain brouhaha, enfin l’un d’eux commence ainsi :


« Le printemps allait naître, ce printemps de l’année 1944, tant attendu. Dans notre petit coin du Morvan, celui que déjà l’on appelait le Loup se préparait à grouper et à conduire les énergies éparses qui ne manquaient pas, mais qu’il fallait coordonner en vue de la prochaine lutte ouverte. La chose n’était pas aisée et le seul énoncé des principales difficultés à vaincre était significatif : se mettre en relation avec tous ces hommes décidés et cela malgré les mouchards, les pleutres et les double jeu ; trouver un emplacement pour cantonner cet embryon d’armée, le ravitailler, l’équiper et l’instruire.


Le Loup conçut son plan de la façon suivante : comme emplacement, les bois de Creux, où il avait déjà sa tente. Les bois, de Creux au Ouagne, étaient ses plus fidèles amis, des amis de jeunesse. Il en connaissait toutes les sentes pour y avoir maintes fois chassé les sangliers. Une poignée de camarades fidèles forma le premier noyau du camp. Le ravitaillement en pain et en farine put être assuré par le boulanger du Ouagne. En dehors du pain, il fallut cependant compléter l’ordinaire, ce qui fut fait bientôt par le truchement d’un valeureux citoyen de Villiers sur Yonne qui, de par sa position, put trouver tout le nécessaire et le stocker dans ses glacières. Les besoins essentiels des hommes des bois étant assurés, il restait à franchir une seconde étape décisive : elle le fut peu après, le Loup ayant pu se mettre en rapport avec d’autres camps, puis avec l’état-major des Maquis du Morvan, qui homologua un terrain de parachutage à proximité de Creux.


Dès lors, l’avenir était assuré. Il ne restait qu’à grossir l’effectif et là était peut-être le travail le plus délicat et le plus sujet à mésaventures. Un mouchardage et il n’y avait plus qu’à tout recommencer, en admettant que l’on s’en tirât. Une enquête discrète devait être menée sur chaque postulant. D’un point de vue strictement matériel, ce fut l’époque la plus dure, l’époque où, par un travail acharné, une lutte incessante contre la végétation et la boue, des sentiers furent pratiqués et empierrés ; l’époque où furent bâtis la Cabane Bambou et le Palace Hôtel, aménagées la Carrière et la Cabine Radio.


C’est ce petit poste de radio, grand comme une boîte à biscuits, installé dans une espèce de kiosque à journaux, perdu au milieu des paquets de tabac, des pierres à briquet et des allumettes, c’est ce poste qui nous liait au reste du monde en guerre et qui, un soir, par une phrase innocente, après le sacramentel « et maintenant vous allez entendre quelques messages personnels », nous annonça pour minuit la visite des avions anglais.


Avant leur entrée en scène, le lieutenant distribua les rôles : « Pierre aux avant-postes avec ton groupe, Caviste au Renard avec ton FM (Fusil Mitrailleur). Et ouvrez l’œil les gars, finis les Lebels et les cinq cartouches par homme, gare les Boches » !


Puis ce fut l’attente pendant laquelle le temps s’arrête, l’attente qui devient presque douloureuse à force de concentration. On écoute et l’on cherche à saisir, par delà la brise et les craquements des branches, la naissance du ronflement qui viendra s’ajouter aux mille rumeurs de la nuit. Et l’imagination submerge parfois l’attention. Alors on entend le bourdonnement tant espéré, mais il s’éteint, sans qu’on ait pu dire à quel instant, nous laissant fatigués par l’hallucination. Puis il naît, enfin, réellement, d’un coup, surprenant nos sens  limités et las. Il s’amplifie rapidement et ce sont nos yeux qui, maintenant, cherchent à leur tour. Le bruit diminue puis s’enfle à nouveau, la machine revient et l’oiseau de fer se plaque sur le ciel bleu, frappé à l’emporte-pièce, puis va se perdre par-dessus les frondaisons.


L’avion tourne, il a vu les feux et cette fois nos regards ne l’abandonnent plus. Un signal de nos lampes. Il répond, il pique, lâche ses containers qui tombent vite, vite, puis s’arrêtent soudain entre ciel et terre avec le bruit du freinage que provoquent les parachutes qui s’ouvrent. Le vent les balance et les éloigne, on entend les branches craquer sous le poids de ceux qui sont poussés plus loin. On se précipite, on cherche, on enlève les parachutes et l’on commence à stocker tant bien que mal les containers. Mais un autre appareil ronfle, lâche à son tour sa meurtrière cargaison ; et l’on repart à la chasse aux containers.


La nuit fantastique se termine dans la sueur, la fatigue, les égratignures des épines qui flagellent dans l’ombre, aussi le matin éclaire-t-il des visages d’hommes exténués, mais joyeux, contemplant les longs tubes blancs et noirs amoncelés sous les branches des Trois Chênes.


Voilà, petit, ce que furent les débuts ; après, ce fut ce que tu connais avec, en plus, peut-être, les méfiances, les précautions, les alertes de gens qui ne se sentaient pas encore si forts qu’ils le sont aujourd’hui. »


-         Tiens, Lulu, raconte-nous donc l’histoire du pont de Beaugy. Il en aura bien jusqu’à l’armistice à nous détailler çà !


Ainsi finit ma deuxième journée au Camp.


Les jours suivants, après la constitution d’un groupe de combat, il nous a fallu monter un marabout fait de deux parachutes superposés, puis aller chercher la fougère nécessaire à la fabrication des « matelas ». Quelle différence avec le séjour dans la bâtisse en pierre solennellement baptisée « Palace Hôtel ». Vive la toile et la fougère ! De l’air à pleins poumons et pas de vermine !


Maintenant nous sommes en possession de nos armes, ce qui implique une petite théorie et un entraînement au combat. Mais bientôt après l’accoutumance des premiers temps, la vie se déroule d’une façon très calme, trop calme à notre gré. Il y a bien des retraites soudaines sous les branches quand le « mouchard » ronfle trop fort ; il y a bien les corvées d’eau, de bois et de pain, le pain que nous allons chercher jusqu’au petit village du Ouagne, tels des contrebandiers, le sac sur l’épaule, lorsque la dernière étoile s’éteint. Et la journée se termine automatiquement par une assemblée joyeuse dans la carrière avec le concours de Buitch, La Globule et autres joyeux drilles. Mais, malgré tout cela, nous nous sentons un peu comme prisonniers au milieu de nos forêts ; nous envions ceux qui, plus anciens, sont désignés pour faire une sortie. L’atmosphère est électrisée d’impatience contenue et chacun pense : que le Boche passe et que l’on sorte.
Et le Boche passe.


Le premier combat proprement dit a lieu le 2 août 1944. Il fait chaud, le Maquis somnole. On attend. On attend le pinard. Ils sont partis le chercher assez loin, à Asquins, dans l’Yonne, avec un camion et une voiture légère dans laquelle ont pris place le chauffeur Diégo, le Loup, le Caviste, comme de juste, ainsi que Léonti, armés d’un fusil-mitrailleur. Ils ne devraient plus tarder maintenant.


Tac…tac…tac…tac, assez lointain… Aïe ! Cà y est, cette fois-ci, les voila bel et bien accrochés. Pendant une bonne demi-heure le bruit des FM vient mourir sous les feuilles des bois paisibles, puis plus rien. Et le temps passe.


Tac…tac…tac…tac très net, mais dans une autre direction, pendant de longues minutes. Puis le silence anxieux pèse à nouveau.


-              Les voilà ! Le lieutenant s’avance, encore plus pâle avec ses lunettes de soleil noires, soutenu par deux hommes. Il parle : « Cà n’est rien les gars, un genou talé de belle façon, mais pas de blessure. Tout le monde s’en est tiré, y compris le pinard ».


Naturellement il y a foule auprès de ceux qui en étaient et l’on raconte :


La voiture du Loup a pris la tête. Elle fonce en direction de Clamecy lorsque soudain, après avoir dépassé le village d’Amazy, elle se trouve nez à nez avec une quarantaine de cyclistes allemands. Nos maquisards n’ont donc rien de mieux à faire qu’à virer en voltige afin de détourner le camion qui suit. Le demi-tour accompli, le lieutenant interdit à ses hommes d’ouvrir le feu, car les habitations sont proches et il .../...




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MessagePosté le: Mer 12 Déc 2007 - 22:34    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

est inutile d’exposer les villageois à des représailles. Vain scrupule, l’ennemi engage le combat immédiatement et le Caviste riposte aussitôt, faisant mouche par deux fois.
 

Arrivé à hauteur d’Amazy, le Loup dépose ses deux mitrailleurs qui prennent position derrière un arbre, devant l’église, puis il démarre à la rencontre de notre camion.
 

Prenant la route en enfilade avec son FM, le Hérisson tient là pendant une demi-heure, Caviste et Léonti passent on ne sait comment à travers les balles, derrière leur arbre moins large qu’eux d’eux, malgré l’aspect funambulesque de Léonti. Par contre, cinq Boches ne sont plus que cinq cadavres dans les fossés et trois autres ne valent guère mieux. Enfin, le lieutenant revient après avoir détourné le « transport », reprend les deux hommes et se dirige vers le Camp via la Rossignote et Fontaine-Salin où ils s’aperçoivent subitement de la présence aussi désagréable qu’inattendue d’une fanfare de FM habilement conduite. Mais les Boches sont en petit nombre et, après un feu bien nourri, nous restons maîtres du terrain. Un tué du côté allemand, pas de perte chez nous ; seul le Loup a une jambe endommagée au moment où il saute de la voiture sur le bord de la route. Le soir même il repart pour délivrer deux des nôtres détenus à la prison d’Auxerre.
 

Si je parle d’Amazy en tant que premier combat, c’est parce qu’il met aux prises plusieurs dizaines d’hommes. Ce n’est cependant pas le premier accrochage que les maquisards ont avec l’ennemi. Tout en passant sous silence les démêlés du Loup avec la Gestapo, il me faut signaler son aventure du Beauché. En effet, réfugié là chez des parents, il ne doit qu’à la disposition particulière des lieux, à son sang-froid et à celui de Mme Rose d’éviter la justice expéditive de la police allemande. Cette dernière s’empare néanmoins des armes entreposées et se venge en bastonnant copieusement Roger Bary. Ceci se passe en novembre 1943. Je signalerai aussi la fin de deux Allemands rencontrés le 28 juin 1944 à Châtel-Censoir et qui m’a été racontée par la Flûte avec un humour macabre que je ne possède pas.
 

Après l’accrochage d’Amazy, nous tendons des embuscades en permanence sur certains points, et c’est le 7 août que les vallons clamecycois répercutent à nouveau les échos des FM, et cette fois des bazookas et des grenades. Deux groupes et deux pièces de bazooka, sous le commandement du Saint, se sont placés depuis la veille le long de la route de Clamecy à Vézelay, à un kilomètre et demi de Dornecy. C’est au matin, vers six heures. Un ronronnement naît soudain au bas de la côte. A vos postes, et vite ! Le ronronnement s’amplifie ; c’est bien un camion qui monte ; maintenant on le voit, on le voit, et c’est un boche.
 

Attention ! Il arrive à la hauteur des premiers hommes échelonnés le long du fossé. Il n’a rien vu, il passe, il s’engage, il s’est engagé ; alors, tel un diable sorti de sa boite, Pinder surgit et balance une Gamon (grenade incendiaire) dans la cabine même du véhicule dont les débris volent de tous côtés. La machine entière prend feu et les fusils des maquisards crachent, crachent sur les Allemands qui ont sauté du camion et qui essayent de riposter. Peine perdue, les Loups les abattent tous les uns après les autres. Ils tombent tous tels des pantins cassés et baignent dans leur sang.
 

Youkine, debout, épaulant son fusil-mitrailleur, règle le sort de ceux qui fuient dans les fossés. Les autres, qui sont restés dans la benne blindée à l’épreuve des balles, en sont délogés à coups de grenades. Le camion brûle comme une torche. Les armes se taisent. C’est fini. Ils étaient trente deux. Notre agent de liaison Carlos rencontre le seul qui a pu s’échapper et qui le prie d’aller prévenir la Kommandantur. Il mourra quelques jours après complètement fou.
 

On pourra peut-être comprendre, par ce récit succinct, quelle tension d’esprit, quelle nervosité pouvait avoir l’ennemi se traînant le long des routes de France et redoutant, à chaque mètre du terrain, à chaque seconde de l’interminable voyage, une telle boucherie.
 

Des prisonniers que nous ferons à Courson nous déclareront qu’ils ont été attaqués ainsi tous les jours et parfois plusieurs fois par jour depuis leur départ.
 

Evidemment, les puissantes colonnes qui remonteront par la suite vers le nord-est ne pourront être détruites par un ou deux accrochages tels que celui que je viens de rapporter ; mais elles finiront par être progressivement grignotées, diminuées et de plus en plus vulnérables en raison des pertes constantes d’hommes et de matériel jointes à la fatigue et à la tension nerveuse intense provoquée par la multiplicité même et l’inconnu que représenteront des embuscades plus largement disposés. En fait, tout au moins dans nos régions, elles devront s’attendre à rencontrer les insaisissables « terroristes » tous les dix ou vingt kilomètres. L’embuscade de Dornecy ne fit chez nous qu’un seul blessé, Frédoche.
 

Tout cela est bien beau, si j’ose m’exprimer ainsi, mais en attendant ce sont toujours les premiers, les durs, la première section qui sort et qui bagarre. Et nous nous morfondons. Deux ou trois fois déjà, à l’heure où l’on fume tranquillement sa énième cigarette, nous sommes avertis que c’est pour le lendemain. Mais à chaque fois c’est une fausse alerte. Aussi, lorsque le 14 au matin notre chef Mono nous annonce qu’il faut nous préparer à manger en vitesse car immédiatement après « on y va », nous avons peine à y croire.
 

C’est exact cependant. Aussi, ayant à peine avalé la dernière bouchée, les hommes désignés se rassemblent sous les ombrages clairsemés des arbrisseaux qui avoisinent la Cabane Bambou, sœur du Palace Hôtel. Le rassemblement peut se caractériser par deux qualificatifs : chaud et pittoresque. En effet, le soleil d’août n’a jamais dardé si fort sur les casques bleu horizon, kaki, rouille ou même or ou presque, sur les bérets basques des uns, les calots des autres ou tout simplement sur les chevelures toutes nues. Inutile de parler des classiques pantalons à pièces ou sans pièce, des souliers baillant à en décrocher les valeureux cordons de parachute qui les décorent et des … sabots.
 

Toujours est-il qu’il y a là deux sections et deux pièces de bazooka, au moins quatre-vingt bonshommes décidés, à défaut d’esthétique.
 

Et l’on attend une heure, deux heures ; c’est une assemblée d’écrevisses qui rouspète tant qu’elle peut jusqu’à l’arrivée des ordres. Enfin voici Hercule qui emmène ses hommes sur le « champ de manœuvre » et qui leur fait un speech du genre suivant : « Les gars, c’est moi qui vais vous commander. Où nous allons en définitive, je n’en sais rien ; je dois établir le contact en un point avec des agents de liaison qui doivent nous conduire à la rescousse de maquis en difficulté. Vous savez pourquoi vous êtes venus ici, je n’ai pas d’encouragements à vous prodiguer. Allons ! »
 

Et nous démarrons dans deux camions, le Panhard de Tonton en tête, au milieu d’un nuage de poussière blanche qui a vite fait de tailler pour tous un uniforme, du moins quant à la couleur. Le lieutenant arrive juste pour le démarrage : « Allez-y, les gars, et ramenez les bottes ».
 

C’est dans une Marseillaise hurlante et le claquement d’un immense drapeau fixé à la cabine du Panhard que les Loups sortent de Creux et passent à travers le Ouagne, sous les acclamations de la population enthousiaste. Tout est soleil et poussière jusqu’au soir qui tombe enfin avec une fraîcheur délicieuse sur l’étang de Vaux. Depuis longtemps déjà les véhicules avancent au pas, car c’est dans la région que le Boche se tient.
 

La Gazelle, qui fait partie de l’expédition, s’offre comme éclaireuse. Elle part en avant à bicyclette et les camions attendent. Elle revient après un temps qui nous parait interminable et déclare qu’apparemment la route est libre.
 

La nuit est venue ; nous avançons lentement, tous phares éteints d’abord, allumés ensuite malgré les risques, car l’ombre est impénétrable sous le ciel couvert. Puis la pluie tombe, torrentielle. Et l’on avance toujours, pendant des heures. Il doit être plus de minuit lorsque les camions s’arrêtent enfin dans un village inconnu. Cinq minutes d’arrêt, sans buffet ! Ouf ! Les jambes sont aussi raides que le bazooka de Gorille, ce pauvre Gorille qui se lamente sur les possibilités électriques de son arme après un tel bain. C’est une véritable cité lacustre ambulante qui se réfugie, avec une jouissance sans égale, dans la paille sèche d’une étable. Il n’en faut pas plus pour que le moral batte tous les records, de sorte que la lampe clignotante éclaire bientôt un petit music-hall d’amateurs pas trop mal réussi.
 

Mais tout a une fin. Les voitures de ces messieurs sont avancées, allez, sac au dos !
 

Il pleut, il pleut toujours, quelle bénédiction, Seigneur !
 

Nous avançons maintenant à travers bois et c’est automatiquement l’instant que choisissent les bougies pour nous laisser en panne, ce qui a l’avantage de permettre à chacun une petite séance de rouspétage sur le ciel, le moteur, le camion, la multiplicité et la difficulté des poses culotte occasionnées par la chaleur, la pluie, le froid, que sais-je !
 

-              Vous allez bientôt la fermer ! On vous entend d’un kilomètre et les Boches peuvent se trouver à quelques pas de nous !




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MessagePosté le: Mer 12 Déc 2007 - 22:35    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

-              Les Boches, qu’ils y viennent, c’est eux qui paieront, ah les cochons !... et volatiles divers…


Et l’on repart… Halte ! Des femmes en armes sont là, devant nous ; on s’explique.


- Non, ce n’est pas la bonne route, ici ce sont des postes isolés. Vous n’êtes pas tombés sur les Allemands, eh bien, vous êtes vernis !


Demi-tour. On approche, car on entend les FM dans le lointain, par coups isolés, puis par saccades rageuses.


Enfin nous y sommes, le jour commence à poindre. Des maquisards sortent des fourrés, clamant leur joie devant l’arrivée des renforts. Ils sont gonflés à bloc et hurlent dans le vent des camions : « On tient, les gars, on les a ! » Nous descendons et l’on nous apporte du café chaud. Comme disait l’autre : c’est certainement le plus beau jour de ma vie, du café chaud ! Une ou deux heures de repos, je ne me souviens plus, car il est des moments où la notion du temps est d’un relatif absolu, si l’on peut dire. Puis, en position.


Le lecteur s’attend certainement, après cet exposé un peu long des prémices d’un combat à ce que je raconte celui-ci de bout en bout et scène par scène. D’autres que moi ont fait ou feront la synthèse de la bataille de Crux-la-Ville. Je ne suis pas Homère et, au risque de décevoir le lecteur, je me bornerai à ne dire que ce que j’ai vu.


Nous sommes aux environs de Crux-la-Ville, à demi encerclés par l’ennemi en compagnie d’un certain nombre d’autres groupes de résistance qui, depuis plusieurs jours, tiennent là, après avoir été quelque peu malmenés et désorganisés par la Wehrmacht et la Luftwaffe. Ils se sont regroupés et se défendent de belle façon : l’adversaire est stoppé et n’avance pas d’un pouce. Certes la position n’est pas des meilleures, mais on parle de contre-attaquer.


Notre groupe est échelonné le long d’une haie et chacun écarquille les yeux afin de « les » voir venir. L’heure s’avance, les rafales de FM sont de plus en plus nombreuses et intenses pour devenir à la fin ininterrompues. On tire très près de nous maintenant, sur la gauche, avec, de temps à autre, des coups de mortier.


Changement de position, le groupe est déplacé sur la gauche. Cela crache de plus en plus fort et la Flûte, les dents serrées, pense qu’il va pouvoir enfin dérouiller son fusil-mitrailleur. Pourtant les rafales semblent quelque peu s’apaiser. Nous sommes ramenés en arrière et réunis à d’autres sections. Nous apercevons le Loup et d’autres officiers. Une camionnette passe en cahotant dans la profondeur des ornières ; elle emporte un soldat mutilé, dont la main pend et balance au rythme des secousses, informe et sanguinolente.


Mais voici du nouveau. Mortiers ? Canons ?... Les deux. L’arrivée des coups de mortier dessine un vaste demi-cercle autour de l’éminence sur laquelle nous nous trouvons. Comment cela va-t-il tourner ? Nous montons dans les chemins détrempés, à travers bois, jusqu’à une cuisine où l’on nous sert copieusement. Trop tard ! Il faut laisser là son beefsteack, décrochage ! Et nous avançons au milieu des camions où s’échafaude tout le matériel qu’on peut embarquer.


Au loin fument encore les débris des maisons où quelques maquisards se sont fait pincer et exécuter par les miliciens. Deux Allemands prisonniers, les mains en l’air, trottinent sur leurs chaussettes et n’en mènent pas large.


Quelle est notre mission ? Devant l’entrée en ligne de l’artillerie ennemie, nos positions étant devenues intenables, le repli général a été décidé. Nous devons précéder le gros des éléments et nous mettre en embuscade afin de protéger le repli contre une éventuelle attaque allemande sur les flancs de nos colonnes. En avant, le doigt sur la gâchette. Nos sections se morcellent à mesure que nous avançons, car nous laissons de place en place des groupes chargés de contenir l’adversaire le plus longtemps possible.


Nous voici maintenant à Bazolles, où la population émue contemple cette bande d’hommes disparates, aux visages durs et fatigués. Le canon gronde plus fort.


-         Vous partez ? Les Boches arrivent ?
-         Que voulez-vous, ils sont trop et trop armés.


Après Bazolles, la colonne se scinde en deux tronçons : le premier commandé par Hercule, le deuxième par Mono qui nous emmène jusqu’à La Collancelle où nous nous terrons, grenade en main, derrière les buissons de la tranchée de chemin de fer.


Avec la nuit s’apaisent les échos du combat et aucune attaque ne s’étant produite de notre côté, une camionnette où trône le joyeux Rari vient nous chercher et nous ramener au camp du Loup.


Qu’il me soit permis de remercier ici, en conclusion de ce paragraphe, les personnes qui m’ont donné du vin à Bazolles et celles qui nous ont si plantureusement ravitaillés dans notre tranchée de La Collancelle.


Le 19 août, matin d’allégresse : les Loups occupent Clamecy.


Pour des raisons d’ordre général que j’expose plus loin, l’occupation, si l’on peut dire, se fait sans combat, au milieu d’un enthousiasme délirant. Nous sommes déjà sortis en armes sur les routes de France et la première fois cela nous « a fait quelque chose », mais aujourd’hui cela est différent. Nous rejoignons, par delà une crevasse de quatre années, le passé millénaire d’un peuple libre. Il est impossible de mettre dans des mots, de pauvres mots, ce que nous ressentons dans cette descente du Crot Pinçon, il est impossible de rendre cela : l’impression unique de fouler de nos souliers en lambeaux un sol purifié, une terre rendue à elle-même parce qu’elle nous est rendue à nous, les traqués, les fils de ceux qui l’ont habité depuis des siècles, qui ont appelé cette rue la rue du Grenier à Sel et ce pont le Pont de Bethléem, en un mot qui l’ont faite ce qu’elle est.


Après quatre ans de persécutions, de déportations, de colère trop longtemps contenue et d’attente, d’attente sans fin, il nous semble qu’en occupant cette place, devant la tour Saint Martin, nous rentrons en possession de nous-mêmes. Comme dans un conte, le cachot qu’étaient devenus les vallons et les bois, en dépit de leur immensité, se transforme soudain en une plaine de lumière, car une fée nous est apparue, celle pour qui nous nous sommes décidés à lutter, à souffrir, à mourir : la Liberté.


Cette émotion doit être aussi celle de tous ces hommes, de ce vieillard dont la main tremble sur la canne polie par les jours, de ces gosses trépignants, de ces femmes crispées par la joie et qui nous fleurissent ; car ils savent que passe devant eux l’image vivante de la France qu’on avait cru briser à jamais comme on brise un buste en plâtre.


Il y a d’ailleurs une part d’illusion, de sérénité factice dans cette impression de liberté désormais recouvrée. Il va falloir encore des souffrances et du sang pour qu’elle nous soit définitivement rendue. En fait, pour nous, le plus gros reste à faire, car si l’ennemi a quitté la région, il occupe encore le Sud et va remonter en puissantes colonnes qui passeront inévitablement à notre portée. Le séjour du groupe à Clamecy ne dure que quelques dizaines de minutes, les rangs ne sont même pas rompus et Robert Hennequin, son casque anglais penché sur l’oreille, nous conduit vers une des embuscades qui sont placées tout autour de la ville. Une de nos sections n’a même pas le temps d’arriver à ses emplacements qu’elle se heurte à un camion et à une voiture légère ennemis. Un coup de bazooka règle le sort de cette dernière. Vers quinze heures, un convoi allemand, venant de La Charité, attaque l’embuscade. Il est stoppé après un dur combat où il laisse trois voitures et un camion. On ne peut pas évaluer le nombre exact des morts. De notre côté, nous perdons trois hommes ; la Gazelle, capturée, réussit à s’échapper et à rejoindre ses camarades. Par contre, nous avons la douleur de relever notre jeune infirmière, Ninette Couret, mortellement atteinte.


Le même jour, nos sections, poussant plus loin, occupent Varzy et placent trois embuscades : une sur la RN 151, à un  kilomètre au-delà de Varzy, en direction de Bourges, l’autre sur la 77, en direction de Nevers, à quatre kilomètres de Varzy, la troisième, sur la même route mais en direction de Clamecy. Cette dernière est prise à parti par des Allemands repliés après la frottée de Moulot, dans la nuit du 19 au 20. Deux sont tués, trois abandonnent leurs armes, qui sont récupérées.


Le lendemain, dimanche 20 août… mais laissons parler l’Evadé, qui commande une section de la 2ème compagnie :


« Une section de la 1ère compagnie est postée, dans l’après-midi, vers trois heures, à la sortie de Varzy, sur la route d’Orléans, à 400 mètres environ après le carrefour Nevers – Orléans. Une barricade, formée par deux gros arbres placés en travers du chemin, est édifiée et vers cinq heures, deux véhicules allemands sont .../...




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MessagePosté le: Mer 12 Déc 2007 - 22:39    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

.../... stoppés puis détruits à coups de bazooka. Quelques ennemis sont tués, les autres se dispersent dans les bois avoisinants.


Pendant ce temps, ma section, de la 2ème compagnie, est arrivée en réserve à Varzy et y prépare ses cantonnements. Alertée par les coups de feu, elle part en renfort et prend position dans le ravin qui borde la route sur la gauche. La nuit commence à tomber quand paraît le premier véhicule du gros de la colonne allemande. Il est détruit au bazooka, flambe et plusieurs Boches sont tués pour avoir traversé devant les lueurs de l’incendie. Leurs silhouettes, en effet, forment des cibles magnifiques.


A partir de cet instant, aucun véhicule ennemi n’avance plus. Les soldats en descendent et commencent à se rassembler pour attaquer. Quelques coups de mortier tombent au hasard sans causer de pertes. Les Fritz arrivent à trente mètres de la barricade et sont repoussés par un feu d’enfer de nos fusils et de nos FM, ceux de l’Angoisse et de Jean Valette en particulier. On entend les camions de la colonne qui montent sans cesse pour se regrouper à proximité.


Vers minuit, le Loup arrive en voiture avec deux groupes de renforts ; il est accueilli à coups de fusil dont on ignore l’origine. Il repart peu après. Pendant la première partie de la nuit, on entend les Boches qui se cherchent et s’appellent. Les nôtres luttent contre le sommeil par le même moyen. Le moral est bon, Hercule et moi hurlons de véritables conversations. Les coups s’espacent, de temps en temps une balle traceuse sillonne la nuit. Puis les Boches tentent de déborder par le ravin ; ils sont copieusement arrosés, un peu au hasard, mais n’en renoncent pas moins à passer. J’envoie deux hommes assez loin sur la gauche tirer quelques rafales de FM. Les Allemands croient certainement que nous sommes très nombreux. Ils entament un vaste mouvement tournant qui ne devra aboutir qu’à l’aube. Nous devons nous replier progressivement et traversons la voie ferrée comme les premiers Boches y arrivent, à cinq cents mètres plus loin.


Le Loup surgit et donne l’ordre de départ, car d’autres colonnes ennemies arrivent et il va falloir se replier méthodiquement en arrêtant les Allemands le plus longtemps possible.


Les hommes embarquent dans le camion de Tonton et je reste avec l’Angoisse, la Globule et Fakir. L’Angoisse et la Globule ont leur FM et tirent sur les Allemands qui atteignent les premières maisons. Deux officiers sont tués par l’Angoisse devant une ferme que les Boches incendient ainsi qu’une autre bâtisse. Tout le monde est replié et nous regagnons Clamecy.


Les pertes du côté ennemi n’ont pu être évaluées, une trentaine serait un chiffre plausible. Trois véhicules détruits. Aucune perte chez nous. Environ cinquante FFI ont participé au combat. La colonne allemande ayant engagé l’action pouvait, d’après les renseignements, compter dans les 1200 hommes. »


Cependant, l’ennemi a passé Varzy et s’approche en force. Nous l’attendons encore une fois à Moulot, au carrefour des routes 77 et GC 41. Notre dispositif est sensiblement différent d’une embuscade classique. En effet, s’il est établi en profondeur, il s’étend aussi en largeur et de plus, comprend une série d’étages, c’est-à-dire que les derniers hommes sont placés plus haut que ceux qui sont directement devant eux et peuvent tirer par-dessus. De sorte que l’ennemi, en même temps qu’il est attaqué de flanc par les bazookas, l’est aussi de front par une grande partie de nos armes.


Le combat s’engage au début de cet après-midi du 21, de façon inattendue. Le groupe de bazookas, placé en avant, touche un camion allemand de plein fouet, le réduisant en miettes, ainsi que la quarantaine d’hommes qui l’occupaient. Nos autres sections, placées en arrière, voient alors s’avancer sur la route des personnages en bras de chemise, l’un d’eux portant un tube sur l’épaule. Pensée générale : ceux des bazookas se replient ! Feu ! Feu ! s’écrie le Chouan, les Boches avec un mortier. Et l’on fait feu de tous les postes, de sorte que les Allemands laissent leur arme en batterie au milieu de la route balayée par au moins trois FM et plusieurs dizaines de fusils, à trois cents mètres environ. Les Boches, avec un cran peu commun, se relayent, partent d’un fossé, traversant la route, font partir un coup et replongent dans le fossé d’en face. Inutile de dire qu’à ce petit jeu ils laissent du monde sur le terrain, mais leur vitesse d’exécution et leur dextérité sont telles qu’il est très difficile de viser l’homme qui surgit subitement des broussailles. Par compensation, leur tir est parfois assez fantaisiste. Il leur arrive d’envoyer un obus à quelques dizaines de mètres de leurs positions alors qu’à d’autres moments on entend passer les projectiles au-dessus de nos têtes… Jocelyn les regarde siffler, si j’ose m’exprimer ainsi, d’un air goguenard et le Chouan s’écrie : « Un peu trop long pour cette fois ! » Réflexion légèrement différente, d’ailleurs, de celle que doivent se faire les copains qui sont derrière nous.


Finalement, Lulu, sans jamais cesser de monologuer, réduit l’engin au silence d’une rafale bien ajustée. Mais le mortier défunt a un grand tort, c’est d’avoir deux frères mieux camouflés.


De sorte qu’après quelques heures d’un combat où les adversaires font une égale débauche de munitions, nous décidons de décrocher devant la classique menace d’encerclement par un ennemi dix fois supérieur en nombre. L’intensité et la dispersion de notre feu laisse d’ailleurs penser aux Allemands que nous sommes en force.


Pendant que Yordi tente de faire sauter un barrage de mines placé en avant de Moulot, le dernier camion attend le décrochage des derniers hommes et, après qu’une ultime rafale eut été tirée, il s’ébranle juste à temps pour que nous puissions voir les Boches apparaître sur nos flancs.


Nous traversons Clamecy dont les habitants commencent à fermer leurs persiennes. Le véhicule à gazogène se traîne péniblement jusqu’à la sortie de Dornecy où une personne charitable profite d’une défaillance du gazo pour rafraîchir cette bande de maquisards assoiffés avec les tomates de son jardin. Je crois qu’elles y passèrent toutes.


Sur la gauche, des camarades d’autres maquis, en file indienne, viennent prendre position afin d’accrocher à leur tout la colonne que nous venons de retarder.


Après plusieurs heures d’un voyage pittoresque, mais lent, oh combien, nous arrivons à Lormes, grouillante de soldats.


Les hommes du bazooka n’ont pu suivre notre décrochage, car ils ont été immédiatement enveloppés par l’avance ennemie ; il y a peu de chance pour que les malheureux en aient réchappé. Macadam se tasse sur son banc et fixe les graviers de la cour du château avec une tristesse infinie : »Mon fils, vous savez, qu’on appelait Papa, il en était ».


Nous quittons Lormes après deux jours de repos, avec la satisfaction de voir rentrer l’Equerre et Papa, échappés au prix de mille ruses et précautions à l’étreinte ennemie. Une petite réunion dans le parc, originale à plusieurs titres, met fin à notre séjour. La 2ème compagnie va s’installer à Vézelay et la 1ère à Château Vert.


Nous sommes le 24 août, le secteur tenu par les Loups atteint maintenant sa plus grande ampleur. En effet, nos embuscades s’étendent d’un côté au-delà de Varzy, nos patrouilles allant jusqu’à Châteauneuf, et de l’autre côté rayonnent autour de Vézelay. Secteur vaste pour trois compagnies, dont l’une, incomplètement armée, assure la garde du maquis.


Nous voilà donc, nous les hommes des bois, en possession d’un castel dominant la vallée, tels des Burgraves en leur tour, aux fortifications et au paysage près ; au paysage près, car celui qui nous entoure semble plutôt fait pour les nymphes ou les pêcheurs à la ligne que pour des guerriers. Nous sommes passés hier au maquis et nous en apprécions d’autant plus la vie de château. Où êtes-vous donc sentiers pierreux des premiers jours ? Que d’eau, mon Dieu, que d’eau ! Vive la vie de château !... quand on y est.


Or, le lendemain de notre arrivée, le groupe se trouve en embuscade quelque part du côté de Varzy et le soir, crottés, mouillés et bredouilles, nous rentrons pour apprendre que le plus violent combat que nous ayons encore engagé se poursuit dans le secteur de Vézelay. Pas de nouvelles précises, sinon que tel ou tel n’est plus. Voici ce que fut ce jeudi 24 août.


Le Loup étrenne ses galons de capitaine en se trouvant nez à nez, à Beaugy, avec un convoi allemand de plus de 130 camions protégés par des automitrailleuses et des chars. Dans la voiture du Loup se tiennent les trois mousquetaires, comme on les appelle : Fakir, Fantomas, la Globule. Les hommes n’hésitent pas une seconde et font feu sur le convoi. Naturellement, ils sont obligés de se replier sous une grêle de projectiles qui, par miracle, ne les atteint pas. Immédiatement, ils foncent sur Vézelay pour prévenir la 2ème compagnie que les Allemands se dirigent vers la ville, puis ils envoient ensuite en renfort la 2ème section de la 1ère compagnie, commandée par le Chouan, ainsi qu’une section de bazooka.


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MessagePosté le: Mer 12 Déc 2007 - 22:41    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

Je ne dirai pas les périples multiples du combat, qui fut trop complexe et, ne pouvant rien relater en fait d’impressions personnelles, je rapporterai une des phrases de la bataille telle que me l’a racontée Raoul Matignon, chef de la section de bazookas.


« Nous partons de Château Vert en direction de Clamecy avec deux camions. Nous nous arrêtons à Beaulieu en attendant le capitaine, parti en avant. Il nous rejoint vers 13 heures et nous ordonne de monter le plus vite possible à Vézelay, les Boches se dirigeant vers la ville. Arrivés à Vézelay, à peine sommes-nous descendus des camions que retentissent les premiers coups venant de notre position du pont du Maupas, tenue par la section de Lumo et de Joli Cœur. Je place mes hommes en vitesse. Nous voyons alors arriver la voiture du Loup que suit un camion. Ce dernier le heurte violemment et le chauffeur maladroit est vigoureusement apostrophé, mais Tonton, le chauffeur, est mort couché sur son volant.


Je retourne à mes pièces, placées dans un fossé de 1,50 mètre de profondeur, en dessous de Vézelay. Je commente la mort de Tonton avec Boubou, lorsque le Chouan, qui a placé sa section sur la droite, m’interpelle : « Tes hommes sont bien placés, mais tu es à découvert. En tous cas, je suis bien placé pour voir », dis-je. Au même instant, la première automitrailleuse fait son apparition, suivie des autres blindés. Elle s’approche… quarante mètres, trente mètres… J’ordonne au tireur caché, Lebas, de faire feu. La torpille percute sur la tôle mais n’éclate pas !... Feu ! une seconde fois. La torpille percute sur la tôle mais n’éclate pas. L’automitrailleuse est à notre niveau et je tire à la mitraillette sur les occupants, Lebas étant dans l’impossibilité d’envoyer un troisième projectile. L’automitrailleuse recule alors et tombe alors dans le ravin. Mais la suivante arrive à son tour et je tire à vingt mètres. Or, me sentant seul à faire feu, je me retourne et voit Boubou qui tente de se déshabiller. Je l’appelle, mais il ne répond pas. Il a une profonde blessure dans la région du poumon droit. Je l’emmène un peu en arrière, en lieu sûr.


Lorsque je reviens, je peux encore apercevoir les hommes de l’automitrailleuse. Je les descends tous les trois, l’un après l’autre. D’autres blindés arrivent et des Boches en sortent. Je remonte quelques mètres en arrière et je rencontre deux copains à qui j’ordonne de se replier. Mais le troisième véhicule arrive en face du chemin de repli et nous mitraille. Je saute au milieu du sentier et riposte. Par miracle, nous pouvons passer. Des Allemands essayent de monter à notre poursuite, mais après quelques rafales, ils n’insistent pas.


Nous sommes alors en sûreté et je vais voir les blessés à l’hôtel Danguy.


Cependant, le combat continue, car le Chouan attaque violemment et de façon magistrale les cent trente-trois camions qui arrivent. J’essaye vainement de le rejoindre. Je regroupe mes hommes pour regagner les collines avoisinantes et nous établissons le contact avec l’Evadé. La nuit tombe et nous rentrons dans Vézelay : les Boches ont enfin passé et traversent la ville dont quelques maisons commencent à flamber. Nous n’avons plus qu’à attendre le matin. L’ennemi ne s’est pas arrêté et le lendemain nous retrouvons le Chouan qui nous attend. Après quoi nous allons reconnaître les corps de nos camarades et dénombrer le matériel laissé par l’adversaire. »


En ce même après-midi, Pierre Valette et le Zoualc tiennent le coup derrière leur FM, sous la grêle de balles des automitrailleuses, mais le Zoualc est bientôt tué. Pierre est blessé par des éclats d’obus et son frère Jean, qui se tient à une dizaine de mètres, l’entendant gémir, bondit dans l’espace à découvert qui les sépare, malgré les injonctions de ses camarades. Il tombe mortellement atteint.


Les pertes allemandes sont les suivantes : deux cents à deux cent cinquante tués. Plusieurs camions, deux camions chenilles, six voitures légères, deux camionnettes, un canon, en tout 27 véhicules sont récupérés par nous. D’autres sont complètement détruits. De notre côté, nous perdons neuf hommes.


D’un point de vue relatif, par rapport aux Allemands et aussi aux effectifs que nous avions engagés, nos pertes sont minimes. Mais, jusqu’alors, nos attaques ne nous avaient jamais valu la mort que de trois ou quatre des nôtres ; il faut avouer d’ailleurs que nous avons souvent une chance inouïe. Aussi est-ce avec stupeur que nous accueillons la nouvelle annonçant que neuf d’entre nous ne sont plus, car nous sommes non seulement des camarades de combat, ce qui crée des liens étroits entre les hommes, mais encore et souvent des amis de longue date.


Pour en revenir à des considérations moins directement humaines, remarquons la valeur des résultats obtenus par le maquis, car le fait d’arrêter pendant une demi-journée un convoi de plus de cent véhicules est assez probant, surtout si l’on considère la disproportion d’armement et d’effectifs existant entre les deux adversaires.


Du 23 août au 2 septembre, ma section se tient en embuscade principalement du côté de Varzy et rentre à chaque fois bredouille, avec, cependant, la satisfaction d’avoir été bien restaurée par de généreux fermiers de Courteil.


Le 31, l’ennemi est signalé aux environs de Châteauneuf. La journée se passe en attente vaine ; les Allemands, qui doivent savoir que le coin n’est pas sûr, avancent, reculent et sont finalement au même point le soir que le matin. Seules la capture et la mort de notre chef de section Mono, parti en reconnaissance vers Châteauneuf, tranche cruellement la monotonie de la journée.


Etrange impression que donne la mort d’un homme qui vient de vous parler et de rire. La mort semble alors quelque chose d’irréel, une non possibilité. Cette personne morte est encore vivante à vos yeux et vous la voyez encore parler et rire ; la vie, une fois évanouie, s’impose encore par ce qu’elle avait de dynamique, j’allais dire de vivant. Et, par contre, cette même vie, à cause de la mort que l’on est obligé d’admettre aussi comme un fait, apparaît comme une chose infime, comme un fantôme, tant il a été facile de la détruire. Tant de choses, un monde à lui seul parmi les mondes, que la vie d’un homme et fixée sur quoi ?


Le soir tombe avec une bise froide. L’Allemand s’est remis en marche, dit-on. Nous attendons toute la nuit derrière notre haie, mais l’aube nous retrouve dans la féerie grelottante de la rosée, avec nos fusils dansant le swing au bout de nos doigts gourds, sans que l’ennemi se soit montré. La matinée du 1er septembre se passe sans qu’il n’y ait rien à signaler et Nékao vient nous relever avec sa section.


Peu après la relève, l’ennemi, fort de quatorze camions appuyés par cinq pièces d’artillerie, se déploie. Le combat, très violent, dure plus d’une heure, après quoi nos hommes sont obligés de décrocher, avec trois blessés seulement.


Cependant, ma section arrive vers midi à Château Vert. A deux heures, il nous faut abandonner le moelleux de nos plumards pour aller tenir une autre embuscade encore une fois à Moulot. Nous restons à l’affût toute la soirée sans qu’aucun incident se produise. La nuit, en dehors de la pluie et de la boue, rien à signaler, de même pour la matinée du 2. Vers une heure, des femmes et des enfants avancent sur la route et rebroussent chemin. Puis une camionnette pétaradante arrive vers nous. Sacrés civils ! Si les Boches arrivaient cela nous mettraient dans de jolis draps ! Il s’agirait quand même de tirer un coup de sommation à la guimbarde. Pan ! Au ras du toit. Tac, tac, tac… Nom d’une pipe, un FM sort par la portière et crache tant qu’il peut. Des Boches, tirez les gars, nom de dieu ! La Flûte appuie nerveusement sur la gâchette et vide un chargeur. Trop tard, la voiture arrive maintenant dans l’angle mort formé par la route et les buissons du chemin où nous sommes tapis. Elle est à la hauteur du sentier  et nous envoie une rafale « maison » qui ne fait que casser les branches un peu au-dessus des têtes du jeu de massacre formé par le groupe. Garcia et Chtimi en sont tout goguenards, Cervantès et Potard sont sur la route à genoux et tirent sur la voiture. Ils remontent, affirmant qu’ils l’ont touchée plusieurs fois. Effectivement, elle devra s’arrêter une centaine de mètres plus loin.


Jamais, jamais maquisards n’eurent déception plus grande : s’être ainsi laissé jouer, il y a de quoi en casser son fusil en deux ! De toute façon, la voiture ne doit pas être seule, attendons la suite.


Dix minutes se passent. Rien. Puis un roulement de canon dans le lointain, qui s’amplifie peu à peu pour devenir réellement très fort dans la direction de Château Vert. Et cela continue et s’amplifie encore. Qu’est-ce que les copains des autres embuscades doivent déguster ! Cette fois-ci ils peuvent toujours appuyer sur la gâchette de leur mitraillette, on ne les entendra pas beaucoup.


Voilà ce que c’est que de se fiche des autres ! Maintenant, les gars, c’est pour nous et tout notre dispositif est pris par derrière, à n’en pas douter. « Repli du FM sur la voie de chemin de fer ! » nous jette un agent de liaison. La Flûte et son chargeur se replient.


« Nom d’une pipe ! Tu ne crois pas que çà tonne vraiment près derrière nous, cela arrache les oreilles ; qu’est-ce qu’on fiche à regarder Varzy avec les Boches dans le dos, pas moyen de tourner les fusils, la montée est par derrière et on ne voit rien ! »


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MessagePosté le: Mer 12 Déc 2007 - 22:42    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS. Répondre en citant

On envoie le minuscule et blond Moutarde en liaison. Il nous revient essoufflé : « Allez, grouillez, FM et voltigeurs, c’est le repli général ».
 

Nous grimpons dans les champs de haricots et de pommes de terre pour atteindre la ligne de chemin de fer. Le canon tonne, mais pas trop de balles dans l’air. Nous retrouvons sur la voie les copains qui se replient pas à pas, le doigt sur la gâchette. Sale impression : les balles sifflent, mais il est impossible de voir les tireurs ennemis, donc impossible de riposter. Espérons que nous n’allons pas trouver ces cocos là au tournant de la voie. Finalement, nous abandonnons les rails pour nous rejeter sur la gauche et atteindre une crête où nous nous mettons en position. Moutarde regarde d’un air intéressé le choc d’une balle sur une pierre, mais l’impression n’est plus la même, maintenant il sont en face.
 

Le repli se continue jusque dans le petit village de Paroy où nous attendons vainement la continuation de l’attaque ennemie. On envoie des agents de liaison en direction de Château Vert. L’un d’eux, surnommé La Mort, grand, maigre, la barbe noire, le visage creusé par la fatigue, nous annonce quelques heures après, d’une voix sépulcrale : « Ils ont pris Château Vert ». Et la nuit tombe, éclairée par les incendies de Moulot, qui donne l’impression de flamber tout entier.
 

Ici je me plais à interrompre le cours du récit pour remercier la population du petit village de Paroy pour l’accueil plus que cordial qu’elle nous fit : soupe au lait, omelette au lard, jambon, café, liqueur, rien ne fut assez bon pour nous !
 

Nous passons la nuit sans avoir pu établir de liaison avec le reste des Loups, mais, dans la matinée du lendemain, une traction avant et un camion arrivent : le château a été réoccupé dans la soirée. On nous donne quelques détails sur ce qui s’est déroulé la veille :
 

La plus grande partie des hommes occupant les diverses embuscades, une seule section reste au château ; des Allemands sont signalés au Ouagne. Le capitaine part avec deux jeeps à leur rencontre. Quelques minutes seulement après son départ, des camions ennemis sont déjà en vue de notre QG et à 14 heures ils attaquent avec une débauche de tirs d’artillerie. Nos hommes doivent finalement céder le terrain et les Boches prennent le château cependant que les nôtres résistent toujours aux abords. Le lieutenant interprète Jean Roger est tué.
 

Sur ces entrefaites, le capitaine revient et contre-attaque en prenant les Allemands à revers. Une des deux jeeps est immobilisée et le lieutenant anglais Godard, qui l’occupe, est tué. Le Loup doit se replier et fonce sur Tannay où est cantonnée la 2ème compagnie. Les renforts arrivent et une partie d’entre eux attend les Allemands sur la route de Clamecy – Brinon, de part et d’autre du château.
 

Après une attaque directe menée par le Loup, les Allemands évacuent en emportant leurs morts et leurs blessés. Ils se dirigent sur Clamecy mais se heurtent à nos hommes à Rix. Après un engagement très dur ils sont refoulés et s’échappent par les chemins vicinaux.
 

Les incendies qui illuminent le ciel de Moulot et de Château Vert seront pour nous les dernières lueurs éclairant nos combats.
 

Les Loups évacuent le château, désormais inhabitable, et s’installent pour quelques jours à Brosses, qu’ils quittent bientôt pour réoccuper définitivement Clamecy.
 

Aucun soldat allemand en armes ne foulera plus les paisibles routes clamecycoises.
 

J’écris ces lignes justement le 24 août 1945, anniversaire de la bataille de Vézelay. Je les écris à Bergzabern, en Allemagne.
 

Mes camarades, qui êtes morts ce jour-là pour la Liberté, vous tous qui avez donné votre jeune vie avant ou après pour la même cause, notre occupation du territoire ennemi est une des conséquences tangibles de votre suprême sacrifice. Mais cela n’est rien.
 

O vous les morts, laissez-moi m’adresser en votre nom aux vivants, aux vivants de toutes les nations ; laissez-moi les supplier d’être assez sages pour que les dernières gouttes de la mer de sang déjà répandue depuis des millénaires soit la pourpre signature qui mettra fin à l’horrible histoire des guerres humaines. C’est le souhait classique que chaque homme a fait vainement après chacune d’elles. Puisse le mien être enfin exaucé.
 

...... à suivre .....




Et si c'était à refaire, je referais ce chemin.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:10    Sujet du message: UN MAQUIS DU MORVAN : LES LOUPS.

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